25 février 2008

Lecture, après

J'aurais voulu le faire plus tôt, mais j'étais en voyage, puis malade, et je crois bien que c'est un zeugma, quoique un peu dégénéré (complément du verbe / attribut du sujet), cela dit le zeugma c'est quand même un peu la figure de rhétorique des gros lourds je trouve, pardon aux adeptes. J'aurais voulu le faire plus tôt donc, mais très occupée à me décomposer physiquement c'était un peu difficile, cependant je ne veux pas faire traîner plus longtemps sinon je vais finir par oublier complètement ce que je voulais dire, quitte à ce que ce soit écrit avec les pieds, je suis très molle du clavier en ce moment, énergie aspirée ailleurs.

Alors. Ce dont j'aimerais parler ici, c'est de ce qu'une lecture en public modifie en matière de rapport qu'on peut entretenir avec un texte. Parce que lire devant des gens, et c'est un peu la révélation fracassante du jour, ce n'est pas du tout mais alors pas du tout pareil que de lire tout seul dans son appartement. Et pourtant je précise, il m'arrive fréquemment de lire à voix haute chez moi, généralement à mon chat qui ne comprend rien mais a l'air de bien aimer, plus rarement à mon mec, qui ne comprend rien non plus mais fatigue nettement plus vite, en même temps on n'a pas les mêmes relations, il n'a pas à simuler un amour inconditionnel pour que je lui ouvre le robinet douze fois par jour (j'ai un chat très snob qui refuse de boire de l'eau immobile), ça joue forcément. Je lis souvent à voix haute disais-je, cependant quand je me suis mise à examiner mes textes en vue de la lecture à Mycroft, c'était tout de suite très différent.

Déjà parce que je me suis rendue compte que vraiment, les phrases de vingt-huit lignes sans aucune virgule, ça n'allait juste pas être possible, et qu'à moins de faire un stage intensif d'apnée sous-marine j'allais purement et simplement m'étouffer sur place si je ne rajoutais pas un peu de ponctuation. J'ai choisi cette dernière option, ça me paraissait un brin plus judicieux, même si quelque part ça m'embêtait : en matière de virgules, mon idée c'est qu'il faut en mettre le moins possible. Je suis parfois un peu laxiste, mais globalement, je pense que les virgules ne servent pas tant à marquer une pause respiratoire qu'à détacher, séparer, découper le propos. Tout cela concerne évidemment des textes relevant du monologue (vous pensez avec des virgules, vous ?), pour les dialogues ou tout autre texte supposant une communication avec autrui, c'est évidemment différent. Quant au point-virgule, depuis la primaire j'ai un problème avec, je n'ai jamais saisi la fonction exacte et franchement les explications embrouillées de l'institutrice n'ont pas aidé, je me suis renseignée des tas de fois depuis mais non décidément, je ne comprends pas à quoi ça sert. Et puis c'est un truc bâtard, ni point ni virgule, moi j'ai envie de lui dire, choisis ton camp mon grand, tu es une fin de phrase ou pas, réfléchis à ça et ensuite on en reparlera.

Ensuite, l'autre truc, et je serai sans doute plus brève là-dessus, c'est l'aspect assumons nos textes devant des gens. Car comme dit Troudair dans son "débriefing lancinant", un des enjeux de l'exercice était assurément ce "croyez-moi" dont nous avons tous, me semble-t-il, chargé notre performance. Or pour qu'on puisse nous croire, encore fallait-il que ce que nous lisions nous parût à nous-mêmes crédible, donc si ce n'est parfaitement juste, au moins pas trop faux, pas trop dissonnant. Et c'est là que la lecture préparatoire a été la plus intéressante, parce qu'autant des passages un peu limites, faibles ou pas très glorieux, mais noyés dans un machin plus grand, on pense que ça passe, autant en public c'est juste trop la honte. Donc des coupes, des réécritures, pour virer ce qui a été mal ou trop vite écrit, bon c'est la base sauf que je me rends compte que même ça je ne le fais pas toujours (c'est très dur en particulier de couper ce qui a demandé beaucoup de travail - d'ailleurs généralement je ne coupe pas, je recycle, mais honnêtement je ne sais pas si c'est la bonne solution), et surtout mettre au clair ses limites, se demander je mets quoi de moi dans ce texte, je suis capable d'aller jusqu'où, est-ce que raconter ça ce n'est pas franchement ridicule, ton journal intime tu le gardes pour toi et va t'enterrer dans les égouts.

Enfin, pour finir, je précise quand même que 1) je ne me suis pas cassé la jambe sur la route en me rendant à Mycroft, alors même que j'avais fortement suggéré l'hypothèse à mon inconscient, ça paraissait un moyen assez digne de déclarer forfait, que 2) je ne me suis pas non plus évanouie sur place, ni avant, ni pendant, ni après la lecture, et que je n'ai pas vomi non plus sur les chaussures des gens, et que 3) j'ai noté qu'on a continué à m'adresser la parole après mon passage, ce dont je déduis que je demeure une personne à peu près fréquentable. Bon allez, je le dis rien qu'une fois, il y a aussi eu de très gentils retours. Par ailleurs, j'ai finalement été capable d'écouter les textes des autres avec attention, il y a eu des choses extrêmement touchantes, vibrantes. En somme, tout s'est plutôt bien passé.

11 février 2008

Le 14 février à Mycroft

- On pourrait leur dire, quand même, pour la lecture.
- Ah non ah non ah non, c'est déjà assez la honte comme ça ce blog de pythie dépressive, on ne va pas en plus se mettre à proposer aux gens de nous rencontrer en vrai.
- Si je peux me permettre, il s'agit d'un peu plus que d'une rencontre, me semble-t-il. Il s'agit de s'incarner en tant qu'auteur, avec des textes et un nom.
- Dis, tu es obligée d'insister là-dessus ? ce n'est pas déjà assez douloureux peut-être ?
- Euh, ce serait bien d'éviter de tout mélanger encore une fois.
- C'est ça ! évacue, évacue, fais comme si de rien n'était ! comme si ça ne signifiait rien !
- Mais là n'est pas la question, c'est juste que c'est parfaitement hors sujet.
- De toute façon, moi, je me cacherai dans les toilettes, alors qu'il y ait du monde ou pas ça m'est absolument égal, vous pourriez le claironner sur tous les toits que ça ne me perturberait pas plus que ça.
- Remarquez, avec un mégaphone plaqué contre le trou de la serrure ça paraît jouable de lire depuis la salle de bains.
- C'est cela, oui. On pourrait aussi prendre des palmes et un tuba pour s'enfuir par les canalisations, ce serait plus simple non ?
- Impossible, les toilettes c'est un sanibroyeur, j'ai vérifié.
- Nan mais je rêve, dites moi que je rêve.
- Je croyais qu'on jouait la carte de l'honnêteté pour une fois ?
- Ouais ben il y a des limites, ce n'est pas non plus la peine de se crucifier en direct.
- Ha! la grande prêtresse de la transparence montre son vrai visage, bravo !
- Mais taisez vous à la fin, vous me donnez mal à la tête mon cerveau va imploser.
- Toi, l'hypocondriaque de service, tu souffres en silence et tu la boucles.
- On ne peut pas juste faire une annonce simple et factuelle comme tout le monde ? On est obligé de débattre des heures pour une question somme toute complètement accessoire ?
- C'est un peu tard maintenant.


Bref.

Le jeudi 14 février à partir de 19H30, lecture à la galerie Mycroft dans le cadre du cycle "j'invite qui je veux chez Mycroft" organisé par Chloé Delaume (merci merci merci).

Nous serons cinq : Grégoire Courtois, fm + emd, Nicolas Jalageas, Clément Ribes, et moi-même, au singulier pour une fois notez bien. Lecture de 15 minutes chacun, 5X15 = 1h15, avec un peu de chance ça ne vous fera même pas louper Julie Lescault.

Je ne sais pas ce que les autres liront (pour ma part, des extraits d'un manuscrit dont les lecteurs assidus de ce blog connaissent déjà un peu l'univers, mais pas le contenu tel qu'il existe aujourd'hui) cependant je suis sûre que ce sera très bien.

En substance, au-delà de mes petits problèmes de gestion intrapsychique, c'est donc une belle occasion d'écouter des textes inédits et de découvrir de jeunes auteurs, et cela le jour de la Saint Valentin qui plus est.

07 février 2008

Minorité

L’esprit embrumé comme toujours le matin je. Ma gorge se serre coupe je te dis coupe ! les frissons montent le long de ma colonne vertébrale. Ainsi donc c’était lui, c’était elle. Encore un triangle. Décidément. Paranoïaque tu seras tout de même victime d’un complot. Pauvre petite Cassandre, va.

Il m’aurait fallu mentir depuis le début. Depuis ma plus tendre enfance cacher dissimuler qui je suis véritablement. Mais à la maternelle on n'y pense pas. Non on n'y pense pas dans la cour de récréation en mangeant les feuilles des arbustes (ce n'est pas très bon) à se présenter sous un faux nom pour se protéger, pour préserver son passé par anticipation. Alors, il n'y aurait pas eu de témoins. Pas eu de personnage compromettant. Et vous vous étonnez que je me cache.

Tu files un mauvais coton, ma pauvre. Un mauvais coton. Tu deviens complètement mégalo. C’est l’impression que cela peut donner oui j’en conviens. Oui j’en conviens mais. L’enjeu vous comprenez, l'enjeu. La mise. Non tu ne comprends pas. Tu ne comprends pas où est la mise. Sur le haut de ton crâne. Là où tes yeux ne peuvent se poser.

Se perdre. Ne plus avoir aucun souvenir. Partir de rien page blanche table rase cartes ouvertes. Être libre. Alzheimer un jour peut-être me sauvera. Non, c'est malhonnête de dire ça.

Comment rendre compte du choc. Oui comment. Faire ressentir ou bien. Décrire. Essayer de faire vivre ou bien. Raconter. Je ne sais. La peur la trahison sont difficiles à. Et puis je suis incapable de, mes pullovers sont toujours troués.

Qui me connaît possède des armes contre moi. Chaque secret livré est un poignard que j'offre à autrui lame pointée vers mon coeur, il faut toujours tendre les couteaux par le manche sinon c'est malpoli disait ma mère. C'était un tank aux canons braqués sur moi dont je confiai dans un moment d'égarement les clefs de contact à un tiers.

Juste raconter la même chose de différentes façons. De toute manière tu ne sais pas. Laisse cela à ceux qui peuvent, ceux qui sont capables.

Capacité à. Être capable juridiquement. Civilement. Et beaucoup d'autres adverbes. Moi je suis une éternelle mineure.

NB : Texte ancien. Pas de lien avec l'actualité.

04 février 2008

Fée pâtissière

Assise en face de moi au sous-sol d'un bar non-fumeur, son manteau doublé de fleurs soigneusement plié sur la banquette, elle m'expliquait les meringues italiennes, les crèmes patissières, les oeufs battus en neige et la façon de faire pour prendre, avec le bout des doigts, la température du sucre sur le feu sans se brûler. Ses mains volaient devant mes yeux pour dessiner la forme des blancs, mousseux, aériens, prêts à s'envoler avec le fouet qui ne les aura pas rendus trop fermes, et ses yeux à elle brillaient, brillaient d'une lumière franche et radieuse, lustrés par les éclats du miroir qu'elle avait enfin brisé, non pas cassé, fracturé, broyé, mais brisé comme on fait fondre la glace qui nous coupe en deux, comme on fait plier les lignes d'une tige de bois en la plongeant dans l'eau, en changeant de perspective. Et de l'autre côté du miroir, sillonnant monts de farine et vaux de génoise, enjambant rivières caramel et mers sablés aux baies amandine armée de sa cuillère en bois de sept lieues, elle me contait son monde merveilleux, petits carrés de cellulose pour s'essuyer les mains après chaque opération, chorégraphies dansées autour des assiettes à dresser, compliments des clients enrobant son coeur fraisier, son monde caché cuisine derrière le mur, où elle officie depuis trois mois.

En la quittant, admirative et ravie, son visage ouvert en disait long sur la justesse de son choix, abandonner la publicité pour la pâtisserie et tout recommencer en bas de l'échelle n'est pas une preuve de courage, me disait-elle, je lui ai demandé : et si une fée aujourd'hui, pouvait réaliser ton souhait le plus cher, que lui demanderais-tu, un poste dans un grand restaurant, ton propre salon de thé, ou encore autre chose ? Elle m'a répondu son rêve d'expérimentations, un espace pour des gâteaux sonores et des tartes en poèmes, un lieu pour des choux laqués antique et des glaces mariées alcools, un rêve ciselé, lointain mais précis, musical et croustillant, moelleux et littéraire, un rêve comme on rêverait d'en avoir, un rêve de fée qui tricote doucement ses voeux de petite fille, un rêve qui redonne, aux autres, foi en leurs rêves à eux.