20 mars 2008

Nouvelles du monde

Je ne comprends pas pourquoi Chantal Sébire ne se suicide pas tout bonnement, elle me semble parfaitement en état de se procurer de quoi en finir. Est-ce qu’un journaliste français écrirait "Nous avons officiellement reconnu le Kosovo ce matin" dans un quotidien national ? Ou plutôt, je ne comprends pas pourquoi personne ne discute de cet aspect : puisque j'ai droit à la photographie de cette brave dame chaque jour sous mon nez et que nous n'en sommes donc plus à ça près, on pourrait au moins me dire si son problème, c'est qu'elle ne peut pas, physiquement, mettre seule fin à ses jours ou bien si l'enjeu de toute cette affaire est, comme je le suppose peut-être hâtivement, l'obtention d'une autorisation officielle pour passer à l’acte. Edouard Levé a mis fin à ses jours peu de temps après avoir remis le manuscrit de Suicide à son éditeur. En effet, il convient de bien faire la distinction entre d’un côté, un problème purement pratique, technique pour ainsi dire, et de l'autre, une demande ayant pour objet la reconnaissance juridique du geste. Tu es bien placée pour persifler sur le sujet, dis donc. Livre qui pose, qui soulève, qui porte en lui comme rarement la question du hors-texte qui s'immisce dans la lecture que l'on a d'un texte. Comment aurais-je pu ne pas le lire, franchement. Évidemment, le second point emporte avec lui le précédent, mais seulement comme effet : on vous autorise à vous suicider, donc on vous en donne les moyens si vous n’êtes pas capable toute seule. Je ne pense pas, car la France ne parle généralement pas d'elle-même en employant la première personne du pluriel, elle utilise plutôt des tournures impersonnelles : l'hexagone s'est opposé à, Paris a décidé de, Matignon a pris position pour, etc. Comment donc ne pas se dire, comment donc ne pas chercher entre les lignes et malgré soi des indices annonciateurs de la mort à venir ? Sauf quand il s'agit de s'adresser à des étrangers justement. Alors, bien sûr, on dira nous avons fait ci, nous avons fait ça, notre pays est grand et beau et merveilleux. Difficile, surtout que le récit s’y prête plutôt bien : centré tout entier sur un ami du narrateur qui s’est donné la mort vingt ans auparavant, il est moins une histoire de deuil ("Je ne souffre pas en repensant à toi. Tu ne me manques pas. Tu es plus présent dans mon souvenir que tu ne le fus dans notre vie commune." p. 107) que le portrait d’un suicidé. La réciproque cependant n’est pas vraie : obtenir une assistance pour exercer ce qui relève de la liberté individuelle n’équivaut pas à l’inscription du suicide dans le droit en tant qu’institution collective, et c’était un pléonasme. Ou encore, dans un contexte privé, on divertira ses interlocuteurs avec de savoureuses anecdotes du type, nous en France on mange des cuisses de grenouille, nous en France on a eu une horrible canicule tous les vieux sont morts, nous en France on a un président qui vole leur stylo-plume aux Roumains. Portrait troublant, car trop précis, trop intime, trop net pour être simplement nourri du matériau d’une relation d’amitié : on est moins dans la description des faits, dans les suppositions d’intentions, ou encore dans l’interprétation assumée comme telle, que dans l’immersion au sein d’une conscience, comme si on avait à faire à un narrateur omniscient ("Face à ton miroir, heureux ou insouciant, tu étais quelqu'un. Malheureux, tu n'étais plus personne : les lignes de ton visage s'éteignaient, tu reconnaissais ce que ton habitude te faisais nommer "moi", mais tu voyais quelqu'un d'autre te regarder." p. 42). Mais lorsqu'on parle en France, depuis la France et à l’attention des Français, on ne fait guère usage du nous, me semble-t-il. Toutefois, le récit est essentiellement mené à la deuxième personne du singulier (qui pourrait aisément se remplacer par la troisième), le narrateur étant un ami, et un ami sans doute pas assez proche pour être en mesure de se glisser dans la peau du personnage principal. D'ailleurs, on ne dit pas non plus que le pays auquel on se sent appartenir est notre maison. On ne déclare pas, je rentre chez moi après-demain, lorsqu'on est en séjour à l'étranger. On ne geint pas, quand est-ce que tu reviens à la maison tu nous manques, à un émigré avec lequel on ne cohabite pas. De là, de cet écart entre le point de vue formel de la narration (externe à la conscience du suicidé) et la nature de certains des éléments livrés naît le trouble : on sait bien qui parle, mais on se demande bien s’il parle toujours et uniquement de ce dont il a l'air de parler. En même temps, elle vient de décéder. Ca fait une différence de taille.

14 mars 2008

Lecture, après après

On m'a dit il y a quelques jours, et je crois que ce n'est pas infondé, que lors du passage à Mycroft j'avais lu d'une façon trop pédagogique, genre prof qui parle à ses élèves, et que ce n'était pas forcément ce qui était attendu. Je mets de côté l'aspect au secours je suis donc bien une grosse nulle j'avais raison depuis le début, pour réfléchir à ce que ça implique. Déjà, il y a une part de déformation professionnelle nécessairement : il est évident que je me suis appuyée, reposée, sur mon expérience d’enseignante, parce que ça me donnait des repères pour trouver mes marques à l’oral. Et puis mon objectif était somme toute basique, ça se limitait à peu près à ne pas m’effondrer, ne pas bafouiller, ne pas m’étrangler. Pas très ambitieuse me direz-vous. Certes. Toutefois cela explique, au moins en partie, le côté je mobilise les attitudes se trouvant déjà en stock dans le système plutôt que de me risquer à en produire de nouvelles pour l’occasion. De plus, et ensuite j’arrête avec le volet justification par la peur conjoncturelle pour passer à des choses un brin plus sérieuses, je craignais vraiment que les gens ne comprenne rien, mais alors absolument rien à ce que j’étais en train de raconter, du coup l’activation de la fonction bonsoir les enfants c’est l’heure de la dictée je vais articuler bien distinctement pour que vous ne perdiez pas le fil semblait constituer un réflexe de survie somme toute assez logique, à condition toutefois de faire abstraction (ce que je fis très bien) du fait que raconter une histoire et faire découvrir un univers ce n’est pas exactement le même exercice. Mais revenons-en à la question plus générale, car c’est là que je veux aller, de la façon de présenter un écrit dont on est l’auteur, et un écrit très personnel de surcroît. Si je schématise, il y a me semble-t-il, et la nuance d’incertitude n’est pas là pour décorer mais pour signifier que je raconte peut-être des énormités, deux pôles en la matière : d’un côté, l’option je vous livre mon texte en lui donnant corps, en l’interprétant, en le portant, en le défendant pour ce qu’il représente pour moi, et de l’autre, l’option je fais une lecture neutre et fonctionnelle, voici un machin que j’ai écrit mais attention je n’y suis pour rien débrouillez-vous avec je ne veux pas le savoir. Il est évident que je me situe, ou en tout cas que je me suis située le 14 février dernier, bien plus du côté de la seconde alternative que de la première. Ça pourrait d’ailleurs très bien se défendre : on dirait, et ce ne serait pas totalement absurde, qu’une fois un texte écrit, l’interprétation n’en appartient plus à l’auteur (c’est bien ce qu’il se passe habituellement, quand un écrit est rendu public et que chaque lecteur se l’approprie) et qu’il vaut donc mieux aller du côté de la posture purement informative, afin de laisser à chacun le soin de mettre dans le texte ce qui lui chante. Ca pourrait très bien se défendre, mais ce ne serait pas honnête, car cela reviendrait à faire passer pour un choix théorique ce qui n’en était pas un. En effet, mettre de la distance, cependant j’insiste ce n’était pas une volonté consciente, réfléchie, élaborée en amont, mais plutôt une pente naturelle, du reste j’avais même l’impression, justement, d’avoir essayé de faire partager, d’être généreuse, ouverte, c’était aussi, surtout, essentiellement une façon de me protéger, de ne pas trop m’exposer physiquement, avec mon corps, ma voix, puisque le texte m’exposait déjà suffisamment en lui-même, et qu’en plus, n’étant validé encore par aucune instance officielle, n’étant pas publié pour être claire, je ne pouvais pas non plus m’appuyer sur la certitude que celui-ci était digne d’être présenté à tous ces gens qui n’avaient rien demandé. Autrement dit, l’enjeu était double, il s’agissait d’être convaincante en tant qu’auteur et en tant que lectrice, et pour ma part il faut bien l’avouer j’étais centrée sur le premier aspect, pour moi un bon texte c’était forcément une bonne lecture, un mauvais texte forcément une mauvaise lecture, la façon de dire était secondaire, accessoire, presque anecdotique, donc pas une seconde je n’ai réfléchi en termes d’interprétation, voilà c’est dit, vous avez le droit de hurler maintenant. D’ailleurs, je précise pour expliquer un peu, quand je vais au théâtre, et même si j’ai une grande admiration pour le travail des comédiens, j’écoute le texte avant tout, c’est au texte que je suis suspendue, accrochée, je passe très certainement à côté de pleins de choses, et lorsque j’ai aimé, j’ai été touchée, c’est premièrement à l’auteur que je pense, à lui que je suis reconnaissante, les autres, le reste, la mise en scène, la dramaturgie, le jeu venant après, au service de, comme des caisses de résonance. Et en corollaire, si je vais voir une pièce qui déchire dans l’absolu, je pense ici aux russes notamment, Tchékhov, Gorki, Olécha, je sais que ce sera soit bon, soit excellent, mais que ça ne pourra pas être mauvais, parce qu’il faut quand même y aller pour massacrer un texte surpuissant, c’est possible mais c’est une performance en soi, du moins c’est ainsi que je vois les choses, donc tout ça pour dire que mettre le texte au-dessus du reste c’est une façon d’appréhender le vivant très générale chez moi, au demeurant mon écoute des autres à Mycroft aussi était attentive à la langue plus qu’à la manière de l’incarner, alors voilà, en un mot non seulement je suis une angoissée de la crédibilité de mes propres textes, mais en plus je suis une handicapée de l’interprétation, à la fois en tant que spectatrice et en tant que lectrice, que faire.

Que faire, que puis-je faire, qu’ai-je envie de faire ? Je reprends l’analogie avec l’enseignement, vous allez comprendre pourquoi. Quand on est face à des étudiants justement, on peut raconter des choses extrêmement intimes tout en étant parfaitement détachée, et sans que personne ne puisse percevoir le truc. Par exemple, attention j’invente, on assure un cours de droit des baux, on présente les règles relatives à l’expulsion des locataires, et pour illustrer on relate l’air de rien la façon dont on s’est retrouvée à la rue parce qu’on n’avait pas payé son loyer depuis deux ans et que ce n’était plus l’hiver : on passe pour une gauchiste de base devant des fils et filles à papa blasés, mais il y a assez peu de chances pour que ceux-ci saisissent la dimension ultrapersonnelle de ce qui est présenté comme une hypothèse abstraite. Tout le monde pratique ça. Ou en tout cas, beaucoup de monde. Or en ce qui me concerne, il se trouve que ça me convient assez bien, comme mode de communication avec mon prochain qui habite hors de mon cerveau. A contrario, je me sens pour le moment incapable, non seulement incapable mais pas du tout désireuse, et là je viens sérieusement d’aggraver mon cas, de dire un texte sans cette mise à distance, de le lire avec la voix qui a pu être la mienne quand je l’ai écrit. Le passage présenté à Mycroft, ce n’était pas un texte juste comme ça, ce n’était pas de la gymnastique discursive gratuite, du pur jeu verbal pour faire joli ou je ne sais quoi, c’était, peu importe ce que c’était exactement, mais c’était important, et cela même avec la distance mise je pense que les gens l’ont compris, je nourris même l’espoir secret voyez-vous, et là j’achève définitivement de me décrédibiliser, que le contraste entre le fond et la forme, entre la directrice d’école primaire faisant la dictée et l’arrachement que constituait nécessairement la mort de Catherine, puisque c’est de cela qu’il s’agissait, pouvait présenter quelque intérêt, que cette coupure, ce clivage pouvaient faire écho à l’éclatement identitaire dont essayait de rendre compte le texte, et lorsque je dis cela je suis à la fois d’une mauvaise foi scandaleuse, car jamais je n’avais envisagé les choses sous cet angle avant ce soir, et à la fois parfaitement loyale, dans la mesure où le détachement dans la lecture d'une part, qui signifie pour aller vite séparation étanche entre moi-qui-écris et moi-qui-lis, et la teneur schizophrène du texte d'autre part renvoient aux mêmes choses, si j’écris sur le morcellement de la personnalité c’est bien parce que je suis toute morcelée moi-même, je ne peux pas magiquement me recoudre le temps d’une lecture. De plus, dans un certain sens on pourrait dire que ne pas être dans mon attitude (scolaire) en accord avec mon propos (endeuillé) c’était paradoxalement la meilleure façon d’être fidèle à un texte justement schizophrène, et qu’à l’inverse l’harmonie, la concordance auraient été dissonantes, mais là je vais m’arrêter parce que j’intellectualise outrageusement et que je me demande si je ne suis pas en train de justifier par tous les moyens ce qui était simplement un banal ratage de débutante. Quoi qu’il en soit, ce qui est certain, c’est qu’en l’état actuel de mes forces nerveuses, je ne vois pas comment je peux le lire avec la même émotion que celle qui a existé quand j’ai écrit, si je fais ça je me désintègre en direct. Ce que je veux dire, c’est que lire avec détachement un texte qui comporte des bouts de moi, c’est aussi une façon de résoudre, sans doute maladroitement, peut-être provisoirement, l’aporie dans laquelle on est plongée quand on veut énoncer un certain nombre de choses (si je ne le dis pas, je meurs) tout en nourrissant l’espoir fou de rester en vie après l’expérience (si je le dis, je meurs). Dire sans dire en somme, dire en se cachant, non pas pour s’amuser ou pour poser ou je ne sais quoi, juste parce que ce n’est pas possible autrement, et que c’est ainsi que la machinerie est montée. C’est parfaitement constitutif de ma personne. J’entends, ce n’est pas un simple blocage, c’est un mode de fonctionnement profondément ancré, si je change ça je deviens une autre personne, ça risque d’être un brin fatigant. Alors j’essentialise, peut-être, c’est une résistance, peut-être. D’accord. Mais d’un autre côté, je ne peux pas me battre sur tous les fronts. Pour le moment j’écris, c’est déjà assez compliqué, ça me rend déjà suffisamment malade. Et si je l’ai écrit, ce truc, c’est aussi pour le poser quelque part, donc pas forcément pour le revivre à chaque lecture, d’ailleurs est-ce possible dans l’absolu, je n’en suis pas certaine, ça implique de déterrer Catherine à chaque fois, oui je sais ce n’est pas un argument très recevable, les bonnes comédiennes jouent des Lady Macbeth aux mains rougies de sang tous les soirs, toutefois je ne suis pas comédienne, ça vous l’aurez compris, et ce n’est pas un hasard non plus si ce n’est pas en premier lieu avec mon corps que j’essaie de m’exprimer. En effet mon corps n’est pas très porté sur la sincérité, il est plutôt du genre grande façade aux vitres fumées si vous voyez et lorsque je dis, lorsque je fais le putain d’effort d’articuler je suis au bord de la mort, c’est bien simple personne ne me croit, précisément parce que je n’ai pas du tout l’air au bord de la mort, jamais on ne m’a autant dit que j’avais bonne mine que quand j’envisageais toutes les deux secondes de me jeter sous une voiture, et lorsque j’en ai l’air c’est que déjà ça va beaucoup mieux, c’est tout le problème de vivre décalée. Mais derrière la façade j’existe, quand même, enfin j’espère, et c’est de là que j’essaie, je ne sais pas si j’y arrive, mais c’est de là, de l’intérieur que j’essaie d’écrire, tout en devant en permanence faire avec le mur en face de moi, donc. Notamment, le manuscrit dont était tiré le passage lu, mais aussi la grande majorité des autres trucs en cours, sont traversés par une négociation permanente, une tension constante autour de énoncer / ne pas énoncer, cacher / montrer, pousser le plus loin possible (c’est-à-dire parfois pas très loin) tout en se ménageant des portes de sorties, des possibilités de déclarer ah non ah non je n’ai jamais dit ça, c’est vous qui interprétez bande de pervers. Je ne sais pas d’ailleurs si c’est apparent, à mon avis assez peu car je barricade pas mal, mais il est possible aussi que je sois beaucoup plus transparente que je ne le pense, je ne parle pas des textes en tant que tels mais des enjeux en amont. Dont tout le monde se fout pas mal, au demeurant. Par contre, c’est assurément assez lâche : après tout, ce que j’écris, je devrais l’assumer, aussi bien au sein du texte qu’en face à face. Mais je suis lâche, un peu courageuse et très lâche, et c’est dans ce va-et-vient, dans cet espace à creuser entre dicible et indicible que se situe ma place, si elle existe. Peut-être que c’est un vrai moteur. Peut-être aussi que c’est un problème énorme, indépassable, une limite grave qui tue le propos, qui le rend autophage en quelque sorte. Peut-être même que mon impossibilité à dire avec une émotion juste un texte écrit par moi n’est que le symptôme de mon manque de courage général, de mon défaut d’intégrité, de mon incapacité à assumer ce que j'avance, et que cela me poursuivra toujours.

Tout ça non pas pour rejeter la critique, ou la disqualifier, vraiment pas, d’ailleurs si j’ai été aussi longue c’est bien parce que je la prends au sérieux. Mais plutôt pour poser la question suivante : serai-je un jour en mesure de faire autre chose ? Atténuer la dimension maîtresse de CE2, sans doute. Cependant faire preuve d’une véritable implication émotionnelle ? Je ne sais pas, sincèrement je ne sais pas. Je ne dis pas qu’il serait inintéressant de travailler là-dessus, il vaut mieux faire craquer les coutures de sa structure psychique à vingt-sept ans qu’à cinquante-cinq, mais enfin est-ce vraiment le bon angle d'attaque, la priorité actuellement. D'autant plus que moi, plus que d'être une bonne lectrice, chose qui évidemment ne me déplairait pas il ne faut pas exagérer non plus, ce qui me ravirait vraiment, mais alors vraiment, pourtant j'arrive à peine à le formuler ici tellement ça me paraît prétentieux, ce serait que ce soit d'autres qui un jour lisent, interprètent pour moi, je ne le vois pas du tout comme une dépossession, ce n'est pas du vol, mais du don, et le don je le rappelle, ne consiste pas uniquement à donner, mais aussi à recevoir, et que d'autres veuillent bien recevoir ce qu'on a écrit, acceptent de le faire leur, de se l'approprier, je ne sais pas, il n'y a pas de mots pour dire combien je trouve ça merveilleux, d'ailleurs pour en revenir au théâtre, à chaque fois que j'y vais je pense à l'auteur et je me dis, quel bonheur ça doit être de se trouver dans la salle, mon dieu. Pour autant, faut-il lâcher tout de suite la lecture au moyen de mon propre équipement corporel, c’est sans doute un peu prématuré pour baisser les bras. Il faut voir. Peut-être que je serai toujours bloquée. Peut-être aussi que je dramatise, et que tout ça se défroissera avec le temps, l’expérience, les grains de confiance en soi ajoutés un à un au sablier. Peut-être encore que le fait d’avoir mis ça au clair, ici, aujourd’hui, et en ayant tâché d’être honnête autant qu’il était possible, aura pour effet de m'avoir fait avancer. Alors ce post se sera paradoxalement autodétruit, son énonciation ayant rendu son contenu caduque. Et ce serait plutôt une bonne nouvelle, en fin de compte. Mais cela, c'est sûrement juste une jolie formule.

NB : Ce texte date un peu. Je l’ai écrit il y a deux semaines environ, et puis j’avais décidé de ne pas le poster. Un commentaire de Nikita, sur l’importance de l’interprétation m’a fait changer d’avis.

03 mars 2008

Pourquoi toujours mettre un titre ?

J'ignore qui est Ademar de Barros et cela me contrarie beaucoup. Je reviens de la bibliothèque municipale, où triomphant vaillamment de l'hostilité d'une mémé hargneuse laquelle résolument plantée devant le rayon usuel refusait de bouger d'un millimètre pour me laisser attraper les ouvrages qui m'intéressaient, j'ai épluché toutes les encyclopédies dignes de ce nom pour retrouver mon poète brésilien, mais sans succès : entre Maurice Barrès et João de Barros, auteur portugais du 15e siècle, point de Ademar. Cela me contrarie beaucoup, parce que ce dernier est, d'après plusieurs internautes très chrétiens - qui cependant ne citent pas leurs sources, ce qui a le don de m'agacer prodigieusement, et ne sont de surcroît pas très d'accord entre eux sur la traduction, qui connaît des variations notables d'un site à l'autre - l'auteur d'une petite histoire entendue dans mon enfance et sur laquelle je cherche des informations. Notamment, j'aimerais bien savoir qui est ce Monsieur, comment ça lui est venu cette affaire de traces de pas dans le sable, s'il a écrit d'autres choses dans le genre et surtout si je dois prendre ça comme une attaque personnelle, rapport à qui vous savez. Or pour le moment, les seuls débuts de piste que j'aie, c'est ça et ça, mais allez savoir pourquoi je n'arrive pas à croire que ce soit la bonne personne. Je me demande si ce truc n'est pas simplement un écrit anonyme qui circule façon légende urbaine, d'ailleurs : ça paraît quand même très très connu, tandis qu'Ademar de Barros, lui, paraît très très inconnu, il y a comme un décalage. Je ne sais pas. Il n'y a même pas de date, alors ce n'est pas évident, ça se trouve Ademar de Barros est un ermite portugais du 12e siècle. Il faudrait trouver un spécialiste du Brésil, peut-être. Ou alors lancer des appels au secours sur des forums d'entraide de son prochain. 

Autre chose. Je vais participer au premier numéro de la revue TINA, section fictions-labo. C'est un très beau projet et je suis ravie d'en être pour plein de raisons, ce qui ne m'empêche évidemment pas d'être morte de trouille en parallèle, dans ces cas-là j'ai toujours tendance à me demander s'il n'y aurait pas une erreur quelque part, genre on m'aurait confondue avec une autre et maintenant on n'ose plus me dire. Cependant j'exagère, en fait ça va, je n'ai même pas envie de vomir et je réfléchis sereinement au choix du texte. Enfin sereinement : comme d'habitude, je vais faire le tour exhaustif des possibilités avant d'en revenir à ma première idée, qui pour être validée devra avoir résisté à toutes les autres options envisageables. Et comme il s'agit de choisir sept pages sur un manuscrit qui en fait deux cent vingt, ça fait quand même pas mal d'hypothèses à examiner, je vous épargne le calcul. Par ailleurs, il y aura une soirée de présentation de la revue le 14 mars à Mycroft. Pour ma part je n'y serai pas, car je me suis déjà engagée à emmener mon corps dans une autre capitale européenne ce week-end là, mais vous ça ne vous empêche pas de vous y rendre, notez bien.