Je suis capable de dire, très posément et sans ciller : c'est lié à un événement personnel, ma meilleure amie s'est suicidée au mois de juillet. Ou encore, extrêmement courtoise : je suis vraiment travaillée par cette problématique du deuil vous comprenez, sous-entendu mais on verra cela plus tard. Cependant une fois rentrée chez moi, une fois seule, je déplie mes souvenirs, il ne reste d'elle maintenant rien d'autre que des souvenirs /
dans lesquels je me roule en ricanant comme une possédéedans lesquels je me vautre en trébuchant comme une estropiée
dans lesquels je me cache en marmonnant comme une illuminée
/ que je partage avec moi-même telle un Saint Martin automiséricordieux, et je réprime ma nausée ; il est proprement criminel de parler ainsi.
Pourquoi, oui pourquoi. Je me fracasse la tête contre la table et je pleure, je pleure tous les jours, toutes les minutes, toutes les secondes, des larmes j'en ai versé des litres comme c'est convenu, oui c'est convenu oui c'est convenu et alors est-ce pour autant que je n’ai pas le droit, je revendique mon droit à me comporter comme une endeuillée convenue je suis venue avec elle elle est repartie sans moi le mur je me heurte contre tout contre et non pas avec en compagnie de chemin faisant, je suis seule avec mes allitérations à la noix sur les bras. Vous savez qui elle était pour moi ? Non vous ne savez pas et ne saurez jamais, j'ai failli devant tant d'indifférence, je vous hais et ma rancune est malgré mes sourires et les dénégations parfaitement sincères dont je vous gratifierai quand vous me poserez la question tenace et irréversible, tout remettre en cause et renoncer, mais à présent j'ai retrouvé au moins une chose, je connais ma valeur j'ai même des preuves.
Pourquoi, oui pourquoi. Je me fracasse la tête contre la table et je pleure, je pleure tous les jours, toutes les minutes, toutes les secondes, des larmes j'en ai versé des litres comme c'est convenu, oui c'est convenu oui c'est convenu et alors est-ce pour autant que je n’ai pas le droit, je revendique mon droit à me comporter comme une endeuillée convenue je suis venue avec elle elle est repartie sans moi le mur je me heurte contre tout contre et non pas avec en compagnie de chemin faisant, je suis seule avec mes allitérations à la noix sur les bras. Vous savez qui elle était pour moi ? Non vous ne savez pas et ne saurez jamais, j'ai failli devant tant d'indifférence, je vous hais et ma rancune est malgré mes sourires et les dénégations parfaitement sincères dont je vous gratifierai quand vous me poserez la question tenace et irréversible, tout remettre en cause et renoncer, mais à présent j'ai retrouvé au moins une chose, je connais ma valeur j'ai même des preuves.
Les gens sont gênés lorsque les larmes vous viennent aux yeux. Ils n'aiment pas les larmes, c'est laid, ça déforme le visage et surtout c'est tellement, mais alors tellement impudique de pleurer en public, donner à voir ses sécrétions corporelles devant du monde ça ne se fait plus de nos jours ce n'est pas décent, la civilisation des moeurs est passée par là.
Cependant à chaque fois que je parle d'Élodie sans pleurer je mens, je mens terriblement, scandaleusement, honteusement, je devrais et ce ne serait que justice être sur le champ terrassée par la foudre divine pour ensuite être écartelée par des chevaux de trait écumant de rage puis voir les différentes parties de mon corps embrochées sur des pics aux quatre portes de la ville. Alors, c'est de la culpabilité me direz-vous face au vide à la détresse à l'impuissance générés par le cataclysme il faut continuer à vivre à s'accrocher à y croire rien ne sert de se morfondre de sombrer à son tour la vie continue continue continue je vais vous arracher les paupières taisez-vous, et puis de toute façon vous voyez bien qu'il ne sert strictement à rien d'essayer de discuter avec moi je fais les questions et les réponses ne vous acharnez pas, je ne veux rien entendre. Vous par contre, vous allez m'écouter et pas qu'un peu, car nous ne sommes pas ici entre égaux les dés sont pipés, c'est moi qui parle et je suis reine en mon royaume : cujus regio, ejus religio.
