08 avril 2008

Réforme

Je suis capable de dire, très posément et sans ciller : c'est lié à un événement personnel, ma meilleure amie s'est suicidée au mois de juillet. Ou encore, extrêmement courtoise : je suis vraiment travaillée par cette problématique du deuil vous comprenez, sous-entendu mais on verra cela plus tard. Cependant une fois rentrée chez moi, une fois seule, je déplie mes souvenirs, il ne reste d'elle maintenant rien d'autre que des souvenirs /
dans lesquels je me roule en ricanant comme une possédée
dans lesquels je me vautre en trébuchant comme une estropiée
dans lesquels je me cache en marmonnant comme une illuminée
/ que je partage avec moi-même telle un Saint Martin automiséricordieux, et je réprime ma nausée ; il est proprement criminel de parler ainsi.

Pourquoi, oui pourquoi. Je me fracasse la tête contre la table et je pleure, je pleure tous les jours, toutes les minutes, toutes les secondes, des larmes j'en ai versé des litres comme c'est convenu, oui c'est convenu oui c'est convenu et alors est-ce pour autant que je n’ai pas le droit, je revendique mon droit à me comporter comme une endeuillée convenue je suis venue avec elle elle est repartie sans moi le mur je me heurte contre tout contre et non pas avec en compagnie de chemin faisant, je suis seule avec mes allitérations à la noix sur les bras. Vous savez qui elle était pour moi ? Non vous ne savez pas et ne saurez jamais, j'ai failli devant tant d'indifférence, je vous hais et ma rancune est malgré mes sourires et les dénégations parfaitement sincères dont je vous gratifierai quand vous me poserez la question tenace et irréversible, tout remettre en cause et renoncer, mais à présent j'ai retrouvé au moins une chose, je connais ma valeur j'ai même des preuves.
Les gens sont gênés lorsque les larmes vous viennent aux yeux. Ils n'aiment pas les larmes, c'est laid, ça déforme le visage et surtout c'est tellement, mais alors tellement impudique de pleurer en public, donner à voir ses sécrétions corporelles devant du monde ça ne se fait plus de nos jours ce n'est pas décent, la civilisation des moeurs est passée par là.

Cependant à chaque fois que je parle d'Élodie sans pleurer je mens, je mens terriblement, scandaleusement, honteusement, je devrais et ce ne serait que justice être sur le champ terrassée par la foudre divine pour ensuite être écartelée par des chevaux de trait écumant de rage puis voir les différentes parties de mon corps embrochées sur des pics aux quatre portes de la ville. Alors, c'est de la culpabilité me direz-vous face au vide à la détresse à l'impuissance générés par le cataclysme il faut continuer à vivre à s'accrocher à y croire rien ne sert de se morfondre de sombrer à son tour la vie continue continue continue je vais vous arracher les paupières taisez-vous, et puis de toute façon vous voyez bien qu'il ne sert strictement à rien d'essayer de discuter avec moi je fais les questions et les réponses ne vous acharnez pas, je ne veux rien entendre. Vous par contre, vous allez m'écouter et pas qu'un peu, car nous ne sommes pas ici entre égaux les dés sont pipés, c'est moi qui parle et je suis reine en mon royaume : cujus regio, ejus religio.

03 avril 2008

...as I am...

Hier soir choc musical à la Cité de la musique en écoutant "...as I am..." de Fujikura. Mais je ne peux rien en dire, les mots seraient forcément en dessous. Juste que c'était sublime. Juste que Lore Lixenberg est une déesse. Juste que tout ce que je voudrais, c'est avoir le droit un jour de m'allonger à plat ventre devant elle se tenant debout, le visage dans la poussière, et pleurer de reconnaissance. 

Hier journée découverte du fait que les arachides en coque telles que vendues dans le commerce ne sont pas crues. Stupeur. Pour les cacahuètes en sachet à vocation apéritives, d'accord, mais celles en coque ? Depuis quand une graine dans sa coque est-elle sensée avoir fait l'objet d'une cuisson de quelque nature que ce soit ? Moi je croyais qu'une coque ça voulait dire, bonjour je suis comme quand j'étais sur l'arbre, ou le buisson, ou peu importe, mais bref, je n'ai fait l'objet d'aucun traitement, ouvre-moi et tu communieras directement avec la nature. Et bien pas du tout. Ces salauds, ils font rôtir la cacahuète tout en lui laissant sa maison, histoire de mieux vous tromper. Mais c'est fini tout ça, à partir de maintenant j'achète mes cacahuètes crues et je les grille moi-même

Hier matin examen sérieux de l'éventualité de me retirer dans un monastère pour un temps indéfini. Isolement, travail, silence, une existence simple consacrée à la lecture et à l'étude. Des journées ponctuées de rituels pour maintenir la structure mentale en place et des cloches pour se lever tous les matins à l'aube - les insomniaques et autres déstructurés du sommeil comprendront. Des interactions brèves et limitées avec autrui, juste le nécessaire pour ne pas perdre l'usage de la parole échangée. Pouvoir vivre pleinement son autisme sans pour autant sombrer dans la désorganisation nerveuse, en somme. Puis sont venues les questions angoissantes : est-ce qu'on a le droit d'avoir internet dans sa chambre ? combien ça coûte ? est-il possible de payer en plusieurs fois sans frais ? on peut prendre une douche tous les jours ? il y a du shampooing aux extraits de protéines de soie spécial cheveux longs, ou bien je dois l'apporter moi-même ? est-il permis de mettre du nutella sur son pain sec au petit-déjeuner ? Alors, je me suis renseignée. Beaucoup d'institutions proposent des retraites, mais des retraites de petits joueurs : huit à dix jours maximum, à trente euros par jour environ, sachant que l'aspect financier ne doit en aucun cas être un obstacle. Pour un séjour plus long, la seule option est de se faire passer pour une aspirante-moniale, et de partir quand on en a marre (et donc de préférence avant d'avoir fait sa profession solennelle). Autre déception, on ne peut pas passer sa vie à lire dans sa cellule en faisant semblant de prier. Non : il faut travailler de ses mains, fabriquer des gâteaux ou des icônes ou de l'alcool ou toute chose susceptible de devenir un bien de consommation à placer sur le marché. Et cela pas uniquement là où la règle prescrit explicitement le travail manuel, non - c'est que les monastères sont pauvres de nos jours, je me suis encore trompée d'époque. Du coup, c'est tout de suite moins drôle, il ne reste plus beaucoup de temps pour lire de la poésie. Comme par ailleurs, la plupart des ordres mettent l'accent sur l'importance de la vie collective, ce que je voulais justement éviter, je me suis dit que tout compte fait, ermite me correspondrait sans doute mieux. Avec le wifi toujours, et des gens pour me réveiller tous les matins si possible. Mais en fait, non