Difficile de donner ici des nouvelles de ma personne alors que j'ignore moi-même comment je vais. D'autres peut-être, sont plus au courant. Cependant, mes chers petits lutins, votre présence bienveillante me réconforte, que vous veniez régulièrement me rendre visite et ce y compris en effectuant un long voyage depuis l'autre côté de la planète me touche infiniment : je ne serais rien, sans vous. (Un jour peut-être, nous serons enfin seuls.) Je délire un peu, mais je suis sérieuse et peu importe que de votre point de vue d'internaute s'égarant sur un blog comme un autre pour tuer le temps, l'énoncé soit faux. L'interprétation de ma vie m'appartient, c'est bien la seule chose dont je sois certaine en ce moment.
J'habite un appartement dont les murs ont commencé à s'écailler quelques mois après mon emménagement. Ca a débuté très doucement, et puis la peinture n'a cessé de se fissurer, de gonfler, de cloquer. La lèpre sur les parois comme dans ma vie malade, insidieuse et laide. Il y a deux semaines, des ouvriers sont venus soigner le revêtement. Des jours durant et cependant que j'étouffais de n'être pas seule, ils ont gratté, poncé, colmaté, blanchi, repeint, et l'appartement est redevenu comme neuf. J'ai cru un temps que c'était là un heureux présage, le signe d'un apaisement de mon existence en chantier. Mais non : les murs, sous leur joli vernis, souffrent d'autant plus que leur douleur est désormais cachée.
J'écris beaucoup. Des choses diverses. Des choses comme : sans voix, sans choix, sans moi, j'ouvre muette ma bouche mais le son ne sort pas. Au moins, ça rime. C'est à cause du rap. J'ai aussi essayé d'autres trucs un peu plus sérieux, mais comme ça a plus d'enjeu je ne veux pas les mettre ici, on verra plus tard. J'ai beaucoup de mal avec la valeur des textes en ce moment, je bute sur cette question de façon récurrente et absolument stérile, c'est une vieille habitude. Que je recommande chaudement, au passage, à tous ceux qui souhaitent s'auto-inhiber d'une façon simple et efficace. Mais il y a pire encore : le sens, la liberté que je ne prends pas, et le savoir. Je dessine aussi, un peu. C'est d'un autre ordre, je sais que je dessine comme un pied et que c'est juste thérapeutique. Je sais aussi que je me mets à passer au visuel lorsque je commence à me déconnecter sérieusement du réel. Hier, un croquis automatique : une femme, menacée d'un revolver tenu par une main inconnue, signe à genou une feuille de papier noircie de texte. À sa gauche, dans le coin, la tête visiblement sans vie d'une autre femme. J'aurais bien aimé savoir ce qu'il y avait d'écrit sur le document qu'elle signait, mais je ne parviens pas à déchiffrer. J'ai toujours pensé trouver dans mes peintures, mes dessins, des réponses à des énigmes fascinantes. Élodie, en me relisant je me dis que c'est terrible, qu'elle n'est plus que fiction maintenant, me disait souvent : il n'y a pas d'énigme à décoder, pas d'énigme à décoder, et c'est ce qu'il fallait qu'on me dise. Elle me manque, terriblement. J'oublie encore souvent qu'elle est morte, quel mot affreux, j'ai le réflexe de l'appeler, de lui envoyer un mail, pour lui faire part de quelque chose qui m'est arrivée, ou bien que j'ai entendue ou lue et qui pourrait l'intéresser. Et d'un coup, la conscience du vide.
J'ai envoyé le texte pour Tina. J'ai fait comme prévu : j'avais une idée de départ, je l'ai mise de côté parce que je pensais qu'elle n'était certainement pas bonne, j'ai proposé autre chose et puis Chloé D. m'a dit, tu sais là ils ne vont rien comprendre, tu ne veux pas plutôt publier tel passage ? Ledit passage étant évidemment celui auquel j'avais pensé initialement. Je l'avais prédit, notez bien. Cela dit, et même si j'ai envie de me cacher sous la terre, je suis trop fière d'être dans ce numéro, le premier en plus, et avec lui dedans. Il m'est également arrivé une histoire assez drôle : un truc envoyé il y a deux ans pour un appel à textes, vient d'être accepté. Je l'avais complètement oublié. Il est troublant de se relire si longtemps après, j'avais tout juste recommencé à écrire depuis six mois, un an maximum, je me reconnais parfaitement et en même temps je n'aurais pas écrit ça comme ça aujourd'hui. Plus tard, je vous raconterai encore autre chose.
En somme, tout ça n'a pas d'autre intérêt que de dire, je suis en vie. Le poser ici, à la charnière du public et du privé, est une bonne solution je crois. Et promettre des développements à venir, c'est l'assurance - puisque la parole donnée me lie - de revenir.
