Allez, il faut se lancer maintenant. Et articuler bien distinctement : Tuer Catherine sera publié chez POL en février 2009. Voilà, ce n’était pas si compliqué. Enfin si, quand même.
Voici quelques-unes des tentatives précédentes :
Aujourd’hui, 01H17
Je veux être capable de m’extraire du contexte actuel de mes conditions de vie et simplement avoir le courage de me poser. Pas forcément bouger, avancer, attaquer, juste me positionner sur le plateau de jeu et dire, voilà je suis ici, je suis toute petite et vous ne me voyez sans doute pas, mais j’existe.
Aujourd’hui, 00h58
Ces derniers temps au milieu du champ de ruine à la question, qu’est-ce qui me rattache à la vie, la seule réponse valable – qui résiste à toutes les déconstructions – semble être : j’ai encore trop de choses à écrire pour mourir maintenant. Les amis, les histoires d’amour, les liens créés avec les gens, c’est malheureux à dire mais tout cela n’a que peu de poids. Que j’en sois là aujourd’hui est tout le paradoxe de ma situation : malgré son titre Tuer Catherine est un roman (c’est un roman !) optimiste qui déblaie les déchets du passé pour faire place à la possibilité d’une existence, et peut-être même d’une écriture. Seulement le problème, c’est que depuis le bouclage du manuscrit j’ai légèrement sombré, trop de traumatismes en trop peu de temps, je ne veux pas détailler cependant l’irruption d’une mort, j’allais dire réelle mais je n’aime pas ce mot, disons la mort d’une personne physique, proche et très importante, a fait disjoncter pas mal de circuits, sans parler des autres événements, je navigue entre Pulp fiction et Rapport minoritaire dernièrement. Ce n’est pas très glamour tout ça. Je sais. Mais c’est pour dire que lorsque je lis ceci, de la part d’une fille comme elle, ça me donne quand même beaucoup de courage.
03 août 2008, 16h15
Ceux qui comptent sont déjà au courant depuis un moment. Forcément ça fait un moment. Ben oui.
02 août 2008, 15h23
Voici le problème. Je suis trop snob maintenant, pour... Elle est occupée à ramasser ses intestins qui traînent sur le parquet ! C'est bien. Tu nous a prouvé que tu savais imiter X et Y. D'accord tu imites bien. Plutôt bien. Mais toi. Moi ? Mais je n'existe pas enfin, quelle idée. Tenez, Tina par exemple. Ca me paralyse complètement ce truc je ne sais pas comment dire, rien que l'idée du papier j’ai envie de m’enterrer. (Je n’oserai jamais toucher la revue ou alors il faut me donner un exemplaire où les pages de mon texte ont été arrachées, comme ça je pourrais lire le reste, ce que j’aimerais beaucoup par ailleurs.)
31 juillet 2008, 17h12
Ici il ne se passe rien, on est bien d'accord. Ce n'est pas faute d'essayer : chaque jour ou presque un brouillon de post voit le jour, cependant le temps que je le termine mon brushing cérébral est de nouveau complètement défait, le vent souffle fort et je me décoiffe facilement du cortex en ce moment ; ce n'est pas très pratique pour donner des nouvelles. Surtout, j'ai un problème de statut, je ne sais vraiment plus à quoi sert ce blog. Avant c'était simple, ou du moins nettement plus facile – toujours la nostalgie des époques révolues revisitées, je sais. Mettre des extraits de textes en cours en ligne ? À quoi bon, je veux dire je suis qui moi pour faire ça. L'entre-deux est compliqué, je suis ni-ni. Vous ne comprenez pas bien sûr, puisque je n'explique rien, qu'elle est pénible cette fille. Raconter ma vie ? Textes bâtards. Ou bien parler d'écriture, dire voilà aujourd'hui j'ai fait ci, j'ai fait ça, je déteste les corrections ça me met hors de moi et vous qu'en pensez vous, ne répondez pas de toute façon votre avis ne m'intéresse pas. Aujourd'hui dans mon monastère de luxe une autre pensionnaire a essayé de me convier à sa table, et j'ai dû la fuir. J'ai pensé ensuite à cette phrase, je ne suis pas là pour me faire des amis. En même temps c'est vrai, je ne suis pas là pour me faire des amis. Mais. Déjà c'est vexant d'être si banale et surtout si je ne veux plus d'amis du tout jamais ça va être un peu dur malgré tout. Je porte une robe d'Élodie aujourd’hui. Je sais que vous allez dire, elle file un mauvais coton la pauvre. Mais vous ne savez rien, vous ne savez rien de mon deuil.
Hier encore j'ai pensé à mon autre langue, au manque d'harmonie dont je dispose pour la manier. C'est une contrainte intéressante même si elle fait mal. Intéressante car elle permet d’aller droit au but : j'ai posé ma tête sur la table à côté du couteau.
17 juillet, 21h00
Je suis surexcitée, je viens de trouver le titre de mon prochain texte. C'est à la fois extrêmement simple et assez vicieux quand on y regarde bien. Mais attention je le garde pour moi. Pas que ce soit un secret d'État mais si le texte venait à n'avoir aucun avenir je pourrais toujours échanger avec le suivant que je ferai ainsi passer pour celui dont je vous parle alors que si je donne le titre tout le monde saura.
- Nan mais ça tu ne peux pas l’écrire connasse ils ne savent pas que !
- De toute façon la fille qui n’a même pas encore sorti son premier texte et qui parle déjà du deuxième comme d’un livre, c’est complètement ridicule.
08 juillet, 18h12
Je pense que j'aurais pu attendre le 15 août histoire que tout le monde soit vraiment en vacances quand je l’annonce mais au fond maintenant je m'en fiche, je me suis détendue. (pas de suite)
04 juillet, 12h08
Au début j'avais prévu de faire ma maligne, de ne rien dire et de faire comme si de rien n’était. Enfin ma maligne, ma terrorisée oui, imaginant les lecteurs découvrant le texte dans TINA et suffoquant à la vue de la mention qui précise que.
30 juin 2008, 01h28
Vous voulez que je vous dise que je vous dise vraiment ? à votre place je prendrais mes jambes à mon cou je pendrais ma langue à un clou je trancherais mes tendons à genou ça suffit, je suis tombée dans une fosse temporelle mon coeur tuberculeux implose chaque seconde : mourir en silence ne sert à rien, seule compte l'exemplarité de mon cas je veux devenir un paradigme humain au brushing cérébral impeccable (mais ensuite il faudra encore revenir s'excuser c'est monstrueusement fatigant). Et l'autre qui ne rappelle pas, je veux dire il s'agit de me sauver la vie quand même cependant non, elle ne rappelle pas. Tant pis je l'ai bien cherché je l'ai bien cherché je voulais confectionner un chapeau chinois avec mon ticket de métro et ensuite descendre danser dans la rame, j'aimerais bien encore vous parler d'elle vous parler d'elle mais vous en avez assez, tellement assez, indifférents à la pénibilité de la tâche vous êtes excédés la route est étroite le chemin est escarpé, mes yeux déments se balancent suspendus au plafond de la salle de bains, je fais quoi de moi de ces globes oculaires qui se promènent dans la maison de façon autonome je décline toujours les mêmes images c'est pénible. Il n'y a plus rien, je suis terrorisée je n'ai pas dit tout ce que j'avais à dire loin de là mais ce n'est plus possible comme ça, plus maintenant. Il faut essayer d'être sincère c'est cela, je ne vois plus l'intérêt vous ne pouvez pas comprendre puisque je mange la moitié de mes phrases c'est une fille très gourmande peu importe, jetez moi en prison pour rétention d'information je l'ai bien cherché ma bave sur la botte de foin il n'y a pas de faute d'accord. Car c'est ni oui ni non toujours, j'avance et je recule déclare et me défausse, je n'assume rien alors devenir un paradigme franchement. Nan mais franchement.
26 juin 2008, 10h58
Si ce n'était pas moi ça ferait longtemps que je l'aurais annoncé. Si ce n'était pas moi mais une bonne copine, je trouverais ça juste formidable. Le problème c'est que je ne suis pas trop copine avec moi-même.
Docteur Knock : Je ne comprends pas, non vraiment je ne comprends pas ce qui vous a pris de déposer ainsi votre cerveau sur la table de la cuisine, juste à côté du grand désosseur à jambon en plus, ça ne mène à rien et c'est passablement impoli, mais arrêtez de sourire bêtement comme cela c'est pénible vous n'avez aucune raison de vous réjouir je vous signale, je crois que vous n'avez pas bien pris la mesure de la situation dans laquelle vous vous êtes fourrée, qu’est-ce que nous allons faire de vous ?
C'est drôle cette façon de me museler. Ça m'empêche de parler de ce qui me préoccupe. Après les épreuves (les épreuves !) ça ira mieux. Je suis déjà sur autre chose, en vérité j'étais déjà sur autre chose avant et pendant Catherine, mais là c'est encore une autre affaire. Je n'ose pas trop en parler, je n'en suis pas au stade où je puisse annoncer, mon prochain livre blablabla.
25 juin 2008, 11h23
Il y a un truc que je voudrais vous dire mais que je n'arrive pas. Vous êtes trop loin. Quelque chose a changé entre nous, vous n'y êtes pour rien mais ce ne sera plus possible comme avant.
12 mai 2008, 15h12 (première tentative connue à ce jour)
Je viens de vérifier sur mon agenda et ça fait tout de même depuis le 25 mars que je le sais. Dans la marge il est écrit - ce sont des phrases notées dans le métro – d’une main j’écrase l’espoir ne fait pas vivre mais survivre au fond de moi la terreur / un pacte avec le diable pas pour un seul livre quand même mais pour trois pourquoi pas oui trois plus une reconnaissance acceptable marché conclu / que c’est pénible ces écrivains qui ne font qu’écrire sur l’écriture c’est pathétique ! autant dire que je n’étais pas très optimiste en allant à mon rendez-vous important.
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Merci à Chloé, donc, de m’avoir débloquée. J’étais de toute façon au pied du mur avec TINA où la future parution est mentionnée, et c’était tant mieux sinon j’aurais été capable d’attendre la veille de la sortie en librairie pour le dire ici, mais elle me fait quand même gagner un peu de temps - puisque je ne peux décemment accueillir tous ces gentils internautes arrivant de chez elle sans dire un mot - et surtout me soulage d’un grand poids : quand c’est énoncé ailleurs, tout l’enjeu du comment je l’annonce au secours je vais mourir de honte retombe d’un cran. Tout cela n’était pas concerté évidemment, je précise au cas où. Un jour je raconterai sans doute un peu plus en détails l’histoire du texte et de comment j'ai passé mon temps à m'évanouir devant mon ordinateur.
