30 octobre 2008

Quel type d'endeuillée êtes-vous ? Cynique, éplorée, ou pragmatique ? Révoltée, résignée, ou bien suicidaire vous-même ? Sélectionnez l'attitude qui vous convient le mieux ou bien prenez notre pack intégral éclatement identitaire.

Faire des choix. Pas tricoter des compromis ou trouver des solutions, mais faire des choix. Exercer sa liberté : ce n'est pas une charade à résoudre, c'est un deuil à construire. Formellement. Je suis pressée et je ne veux pas être pressée, le finir dans quelques mois ou dans trois ans ce n'est rien, ce n'est pas important. Mais l'urgence, la mort, suicide juillet 2007. Je ne le revis pas à travers l'écriture, je le crée. Je fabrique mon deuil. Et je le veux drôle, oui je veux un deuil drôle, piquant, réaliste, impossible, fantasque, vrai et faux tout à la fois, truffé de personnages et désert comme la poche d'air qui fait éclater mon coeur, je veux un deuil Arlequin multicolore et dévasté, je veux un deuil en harmonie avec la dissonance et éblouissant de justesse cacophonique, moi je n'en ai pas fini avec la mort, la mort terrible. Alors je dessine des patrons, je découpe dans ma peine serpent des pièces à assembler ensemble, je laisse les coutures apparentes mais je les fixe fermement, il faut une armature solide pour le deuil, une armature qui tienne la route afin qu'à l'intérieur le texte puisse pivoter sur lui-même et se mordre la queue jusqu'au sang comme le temps qui s'est brisé ce jour-là.

Cahier des charges (évolutif) :
- mises en abîmes directes interdites (indirectes autorisées)
- on ne témoigne pas, on agit (c'est vous qui témoignerez)
- boucle temporelle (ça ne peut finir que comme ça a commencé)
- défense/accusation, accusation/défense (démontrer par anticipation, sortir du régime du procès)
- déréalisation dans la forme mais pas dans le fond (la déréalisation du réel est la réalité)
- exploitation exhaustive du terrain, attention à qui porte quoi, être très claire là-dessus


En fait je ne voulais pas en parler ici, parce que ce n'est pas fini et que tant que ce n'est pas fini ce n'est pas fini, c'est une règle de base. Surtout que c'est très loin d'être fini, donc c'est très loin d'être fini. En plus ce n'est pas du tout ce qui était prévu dans le calendrier. Alors imaginez la honte si peau de l'ours traînée dans le goudron et les plumes, l'horreur. Il est un peu tôt quand même pour avoir des certitudes. Certes, gronf. Sauf que. Enfin on se comprend. Dans ce cas si j'en parle pourquoi. Question en parallèle aussi, pourquoi sur les blogs d'auteur si peu de choses sur l'élaboration des textes en cours, sur le détail j'entends, l'incertitude aussi ou bien ? Moi si j'en parle maintenant pourquoi, peut-être pour faire conversation tout simplement. Et aussi sans doute suite à une discussion avec une amie cinéaste, qui racontait le délai tellement long, plusieurs années parfois cinq ans, entre l'écriture du scénario et l'existence du film, trop de temps aucune envie d'en parler quand l'objet existe, les louanges les prix reçus ne la touchent plus, ça arrive trop tard depuis longtemps elle a renoncé à tirer de la reconnaissance une quelconque satisfaction, on la félicite elle se retourne, mais de qui me parle-t-on. En littérature les temps sont plus rapprochés mais il est évident qu'il y a un peu de ça, on n'est pas dans le même état quand c'est fini que quand ce n'est pas fini, et quand c'est fini jamais on ne pourra en parler comme quand ce n'était pas fini. Parce que quand c'est fini on passe à autre chose, peut-être même que finir par définition c'est être en mesure de passer à autre chose - ça n'a rien avoir avec la perfectibilité dans l'absolu je précise des fois que. La fièvre retombe les humeurs se stabilisent, on est content mais pas pareil que quand on ne savait pas qu'on aurait le droit d'être content plus tard. C'est pour ça d'ailleurs que ça a un aspect aussi jouissif internet, on met en ligne et on est lu tout de suite, même si c'est juste par trois égarés et que de toute façon on est assise sur une chaise bancale. En même temps c'est bien aussi parfois le différé, ça a ses avantages et moi ça m'a fait beaucoup de bien je crois qu'il s'écoule du temps entre le oui pour Catherine et sa réalisation effective, parce que je suis un peu lente à intégrer certaines informations, notamment quand se présente une nouvelle configuration pour laquelle je n'ai pas de mode d'emploi dans ma base de données. Cependant je m'égare, je ne parlais pas du contenu, du résultat propre, mais de ce qui se passe dans la marge. Là on a plusieurs options, attention je me lance dans la méthodologie de la méthodologie. Option numéro 1 on réfléchit dans son coin et on le vit très bien, éventuellement on en parle avec son chat qui est toujours très intéressé par les questions d'architecture romanesque. Option numéro 2 on a un réseau d'étudiants en psychiatrie prêts à assister trois fois par semaine à un exposé sur le thème est-ce que je numérote les chapitres ou non ça n'induit pas du tout le même pacte de lecture vous comprenez, éventuellement on trouve des gens dans le besoin et on les rémunère pour venir écouter. Option numéro 3 on note tout ça bien soigneusement et on ressort triomphalement les textes d'élaboration quand le livre se matérialise, avec la conviction inébranlable que ça passionnera tout le monde, laquelle aura permis de surmonter en amont la frustration d'avoir tout gardé pour soi. Je vous laisse poursuivre et conclure tout seul dans votre tête, ce n'est pas très difficile.

35% de contenu (1942 signes), 65% de justification (3555 signes). Je me surpasse, en général je fais du 25/75.

Sinon, en vrac. Je lis des trucs complètement angoissants sur le net, moi on me fait ça je hurle sans discontinuer pendant une semaine. / Je reçois des emails du type, salut les gars ça vous dit un week-end en Europe orientale c'est le moment de faire des bonnes affaires, dites moi que je rêve. / Je réfléchis à m'acheter une liseuse, ça donne quand même sacrément envie. Mais je ne sais pas, ce qui me pose problème ce n'est pas la lecture sur écran (on a l'habitude) mais plutôt l'aplatissement des livres. Si tous mes livres tiennent dans une liseuse ça veut dire qu'ils sont tous très très fins, ça me perturbe. Je suppose que c'est un problème de représentation mentale de l'espace, l'épaisseur du papier comme incarnation du texte que je peux escalader en l'enjambant page par page. On verra. Parce que pour tout ce qui se trouve sur le net, notamment ici, ça peut être assez génial. Cela dit avec la crise je m'attends à tout, y compris à un crash géant de tous les serveurs informatiques et ce d'autant plus que 2009 si on enlève les zéros ça fait 29 (de même que 11 septembre = II/9 = 29). / J'ai une nouvelle méthode de travail, ça s'appelle le cahier-stylo. C'est très simple, je prends un joli cahier papier übergliss et un stylo noir encre fluide et j'écris mes idées sans avoir d'ordinateur devant moi en étant assise dans mon canapé. C'est assez rigolo et plutôt reposant, ça me donne une sensation de liberté complètement folle. / Je remarque que dans un temps reculé les présidents de la République citaient Paul Éluard en conférence de presse. / Je mange de nouveau des bonbons, j'avais arrêté pendant plusieurs mois suite à lecture de la mention gélatine de porc sur un sachet de guimauve, ça me donnait la nausée cette idée de mâchouiller des muqueuses de cochon à longueur de journée. Finalement je m'y suis faite, ça ne me dérange plus. / Je pense en me lavant les dents à deux (petits) textes en cours et à un projet un peu spécial pour lequel il va falloir la jouer fine, j'aimerais bien réussir à avancer un peu sur ces choses-là d'ici la fin de l'année. / Je tourne dans mon lit jusqu'à quatre heures du matin en faisant mon planning de la troisième semaine d'octobre 2011 et en rédigeant dans ma tête le prologue de mon sixième roman. / Je fais vaillamment face à l'accélération du processus autour de Tuer Catherine, séance photo faite, rencontre avec les représentants faite, épreuves et mise en fabrication à venir, jusqu'ici tout va bien, si si.

16 octobre 2008

Dominiq Jenvrey répond à vos questions sur les extraterrestres


La littérature doit faire de la fiction avec des éléments qui lui sont inconnus. Les E.T. (Espèces Technologiques) sont le plus grand inconnu. La littérature doit écrire les fictions de la rencontre avec les E.T. La littérature qui n'a pas peur de ce qui lui est inconnu. La littérature qui fait des prédictions. Mieux : la littérature qui est une grande machine à fictions, doit se faire une obligation d'écrire toutes les fictions que peuvent faire les E.T. La littérature doit se poser cette question : quelles actions font les E.T. ? La littérature doit s'embarquer dedans pour en faire un objectif créatif total. Imaginons une littérature qui invente l'action des E.T. S'imagine la grandiloquence artistique : l'espèce d'ici se crée la littérature inventée des E.T. inventées. Voici ce qui peut se fabriquer de plus étrange, de plus inédit. Voici de quoi rendre la littérature passionnante pour longtemps encore. Et pour les écrivains qui manquent d’intuition, ils pourront toujours réactualiser les données littéraires.

L'extraterrestre va-t-il faire des expériences avec nous ?

La littérature deviendra-t-elle utile si elle prévoit des rencontres extraterrestres ?

10 octobre 2008

Me suis lancée dans les scoubidous. Ai complété mes connaissances très lacunaires en suivant en ligne un cursus intégral d'initiation et de perfectionnement. Ce faisant, ai enfin appris à en faire des ronds, mettant de cette façon un terme à deux décennies de frustration, je me traînais la honte de ne savoir en confectionner que des carrés depuis la seconde année de primaire au moins. Je vais de l'avant, c'est indéniable. Suis actuellement en train d'en tisser un à six fils. Compte résolument lancer une mode : désormais, à chaque moment d'ennui, de temps mort social, je dégaine mon scoubidou fluo d'un air désinvolte. Dans trois mois vous verrez, ce sera le summum du hype, comme le crochet il y a deux ans ou encore le maoïsme à une certaine époque - voilà où nous en sommes.

Ai adoré Une fille du feu, la lecture de ce livre a été l'événement marquant de ma semaine dernière et bien plus. Une vraie rencontre, la sensation de faire face à une fille qui envoie sans discontinuer, sans jamais faiblir, avec une énergie folle, brillante. Ce qui pose le problème de comment en parler pour donner envie sans biaiser la lecture - par exemple je ne sais pas si raconter que je suis même allée jusqu'à me cacher dans les toilettes d'un restaurant où accessoirement on m'attendait à table pour pouvoir m'y replonger pendant quelques minutes est un argument très convaincant - ni paraître trop insistante, après les gens ils font un rejet. Donc se détendre, l'évoquer comme ça mine de rien. Pas de menaces, surtout. Sans quoi c'est le syndrôme, attention petit lapin même si tu en meurs étouffé, je te serrerai contre mon coeur.

Ai terminé les corrections finales du Tuer Catherine. Pas grand-chose en vérité, quelques petits ajustements et cela moyennant deux semaines de yoga et une heure et demi de travail, je suis efficace quand je veux. J'en profite pour préciser un peu le lien entre le blog première époque et le roman, afin de dissiper des malentendus qui n'existent peut-être pas mais on n'est jamais trop prudente. Donc, quand j'ai commencé ce blog, il y avait déjà des choses d'écrites pour un roman autour de Catherine. À partir de ce moment-là, j'ai continué à écrire en ligne tout en écrivant aussi d'autres choses en parallèle, et au final j'ai tout repris et attaqué à partir de ce matériau (c'est-à-dire ce qui avait été écrit avant, pendant, à côté, après) ce qu'on pourrait appeler la véritable rédaction, sauf que ça a été un peu plus compliqué que cela mais ça c'est une autre histoire. Autrement dit, le blog a servi d'atelier pour avancer sur une des dimensions du texte, ce qui si vous me suivez toujours signifie que certains passages du livre sont des versions retravaillées de quelques-uns des billets postés entre septembre et octobre 2006. Vous noterez donc que j'insiste lourdement sur le fait que le blog ne s'est pas transformé en roman comme par magie, et que c'était juste un des aspects du travail à un moment donné dans un espace donné. Cela étant posé, il ne vous aura pas échappé que le titre du roman est le même que celui du feu blog (et de l'adresse url qui pour des raisons pratiques n'a pas changé, ce qui m'embête d'ailleurs mais déménager n'est pas commode) ce qui signifie aussi que l'affaire centrale du roman, ou une de ses dimensions centrales en tout cas, c'est en effet l'assassinat de Catherine. Voilà, ça c'est fait. Ensuite, pour en revenir la finalisation du manuscrit, si j'en parle c'est aussi parce que symboliquement, du point de vue de mon règlement intérieur, cela signifie que Monsieur Surmoi qui me gronde beaucoup quand je me disperse et que j'écris dix-huit romans en parallèle avec mon téléphone dans une main et une poêle à frire dans l'autre (il n'a peut-être pas complètement tort, quoique ça puisse aussi être vu comme l'instauration d'un cercle vertueux, plus je fais de choses, plus je fais de choses) m'autorise désormais officiellement à me consacrer pleinement au texte suivant, à supposer évidemment que je sorte indemne ou du moins pas trop abimée du surmenage dont je suis actuellement l'objet consentant, mes yeux hallucinés de zombie stakhanoviste ne présageant toutefois rien de bon de ce côté-là.

Ai rédigé la quatrième de couverture aussi. Nettement plus compliqué. Heureusement je n'étais pas complètement toute seule, un comité consultatif était là pour m'épauler. Ce qui ne m'a pas empêchée d'écrire très exactement dix-huit quatrièmes de couverture - dont quinze, quand même, à vocation exclusivement ludique, ambiance amuse tes amis en transformant ton obsession de l'exploration exhaustive de toutes les voies possibles en exercice de style rigolo - et de mener une enquête approfondie sur le genre. Ainsi, j'ai pu très scientifiquement et après examen d'un certain nombre de dos d'ouvrage pas du tout représentatifs de la population littéraire française établir par induction qu'il existait principalement trois grands types de quatrièmes de couverture, à savoir : 1) les extraits purs et durs, 2) les résumés-commentaires qui portent sur le texte un regard externe (ex : "Cuisine brûlante est un récit fiévreux dans lequel, Marc, charmant quadragénaire...") et enfin 3) les approches plus personnelles, avec un point de vue interne à l'oeuvre (ex : "Sophie, 32 ans. J'aime Marc, passionnément. Mais..."). Sachant évidemment qu'il existe des formes mixtes (ex : combo extrait + commentaire externe) ou hybrides (ex: approche interne dans le fond mais externe dans la forme). Si on met de côté la solution numéro 1, la ligne de démarcation, la question qui se pose est donc : est-ce qu'on émet un discours depuis l'intérieur du texte (par exemple en reprenant la voix d'un des personnages) ou bien est-ce qu'on en parle depuis l'extérieur, comme quelqu'un qui ayant lu le texte donnerait son avis dessus. Cette dernière solution est quelque peu plus simple, sans doute plus classique également, puisque j'imagine (je me trompe peut-être) qu'initialement la quatrième était conçue comme un propos du type, on vous parle du livre, on vous dit ce que vous allez y trouver, à la manière d'un ami bienveillant qui l'aurait lu et qui vous donnerait son avis. Sachant que, évidemment, lorsque le rédacteur de la quatrième et l'auteur ne constituent pas deux individus distincts, la chose du point de vue de son exécution revêt un caractère un brin étrange, mais en même temps l'acrobatie identitaire n'est pas un critère, on parle du résultat. Ensuite, du côté de la solution interne, que j'appelle ainsi un peu abusivement car j'y range tout ce qui ne tombe pas dans le descriptif avec émetteur clairement positionné au dehors, on est plus dans quelque chose qui rendrait compte du contenu non pas par le commentaire, mais en donnant à voir un peu de sa matière même. Ca peut donc être une sorte de résumé complet ou fragmentaire qui garde clairement le ton du texte, qui est sans équivoque constitué de la même substance que lui, et en ce sens on peut aussi ranger ici les extraits. Ou bien, encore plus loin, on trouve aussi des quatrièmes qui font véritablement partie du livre, qui le complètent, le parachèvent en offrant au lecteur une sorte de dernière (et en même temps première) partie du texte. Je pense ici à ce qu'a fait Emmannuelle Pagano pour ses Mains gamines : dans le livre, il y a quatre narratrices qui évoquent toutes un cinquième personnage femme, lequel est au fond le personnage central de l'histoire, mais un personnage muet, qui ne prend jamais directement la parole dans le récit ; et justement, en quatrième de couverture, c'est ce cinquième personnage qui parle à la première personne, ce qui ajoute véritablement quelque chose au livre, puisqu'on n'avait jamais eu accès à cette subjectivité-là auparavant. Enfin moi je l'ai pris comme ça, mais d'autres interprétations sont possibles, on pourrait aussi dire - notamment parce qu'il y est fait mention d'un désir d'écrire - que sur la quatrième, c'est Pagano auteur qui parle. Cependant je ne crois pas, franchement. Dernier élément relevé : au cours de mon investigation, j'ai aussi noté que l'usage de ces différentes formules (externe/interne pour aller vite) se corrélait positivement avec la variable éditeur, autrement dit que les maisons avaient leurs habitudes en la matière. Et en l'occurence chez POL, où Catherine habitera éditorialement parlant, l'option privilégiée semble être assez nettement la numéro 3 de ma liste initiale - chose que je savais déjà avant de me lancer dans cette passionnante étude puisqu'on me l'avait dit et en des termes autrement plus clairs que ce que je vous raconte ici - ce qui tombait plutôt bien puisque c'était justement ce que j'avais prévu. C'est tout, il n'y a en fait aucune conclusion, c'était simplement pour le plaisir de partager mes observations et mon amour de la précision - parce que moi voyez-vous, quand je m'attaque à un exercice, c'est sérieusement et avec la volonté d'embrasser le champ entier dans son ensemble, qu'il s'agisse de quatrièmes de couverture ou de scoubidous.

PS : ce blog participera, comme d'autres sites, au jeu fictionnel de Dominiq Jenvrey. Lancement le 16 octobre.