25 novembre 2008

Nous sommes le 25 novembre aujourd'hui, n'oubliez pas de souhaiter une bonne fête à votre Catherine ! Si vous désirez lui faire un petit cadeau (plaisir d'offrir, joie de recevoir), disputez-vous avec votre fiancé ou poussez-le carrément à vous quitter, elle sera absolument ravie. En l'absence de fiancé, écrivez une lettre d'amour enflammée et envoyez-la à un homme dont vous êtes certaine qu'il vous éconduira brutalement (humiliations bienvenues). Enfin, pour les plus généreuses, complétez en mettant le feu à votre canapé, elle adore les incendies. 

11 novembre 2008

Attention je vous préviens, ça va être long et pas très drôle, alors si vous n’avez pas comme moi un intérêt immodéré pour le sous-sous-genre des livres-de-deuil-après-suicide ça risque de ne pas être franchement passionnant.

J’ai mis longtemps à me décider, à chaque chose son heure et je sais qu’il faut y aller doucement, ne pas brusquer. Cependant j’ai fini par lire Lacrimosa de Régis Jauffret, roman centré sur le suicide de Charlotte, amie du narrateur. Il est important de rappeler me semble-t-il que le livre a été présenté comme étant tiré de faits réels (vraie maîtresse, vrai suicide). Par exemple, quand on écoute Jauffret chez Veinstein on ne peut avoir aucun doute là-dessus. Autrement dit c’est avec ce présupposé-là qu’on lit le roman, pas parce que ça nous amuse ou qu’on est obsédée par les cadavres de chair, mais parce que Jauffret en a décidé ainsi, parce qu’il nous a dit, voici mon nouveau roman je l’ai écrit suite au suicide d’une amie. Il aurait pu en être autrement d’ailleurs, il aurait été possible de ne pas se prononcer sur la question ou encore d’affirmer que les faits étaient purement imaginaires.

Ce texte je l’ai donc imaginé avant d’entrer dedans comme étant un livre de deuil. C’est-à-dire comme traitant des effets d’une mort sur un proche, sans préjuger évidemment de la nature de ceux-ci et de la façon d’en rendre compte. En plus de cela je l’ai également abordé, un peu inévitablement, avec une autre question en tête, quelque chose comme, bon, voyons voir comment il s’est débrouillé avec ce problème, comment il s’en est sorti avec ce suicide sur les bras et le livre dans lequel il a voulu le mettre. Parce que c’est compliqué d’écrire sur un deuil, c’est compliqué d’écrire tout court me direz-vous, mais disons qu’il y a des questions spécifiques qui se posent là et qui ne se posent pas (ou pas avec une telle intensité) ailleurs. Des questions comme : n’est-il pas profondément indécent de faire un texte sur une mort réelle ? a-t-on seulement le droit de parler de quelqu’un qui est mort, de le transformer en (donc en réduire la complexité, l’enfermer dans) un personnage de fiction ? et de toute façon est-il seulement possible d’écrire sur la mort, le deuil ?

Des questions que Jauffret pose effectivement à de nombreuses reprises, j’en cite uniquement quelques-unes : « Jouis, éjacule ta prose, profite de ma pendaison comme d’une aubaine. Recycle mon malheur, cruel écologiste, afin qu’aucune souffrance ne soit perdue. » (p. 174) ; « Tu profites de ma faiblesse pour couvrir de ta voix mon chuchotement. Mon petit filet de silence, ma parole muette de morte. » (p. 54) ; « Tu veux parler de la mort ? Tu as déjà ressuscité ? Tu es tombé dedans quand tu étais petit ? Tais-toi, le vivant ! Tais-toi ! Tu ne sais pas, et tu ne sauras pas. Tu tomberas comme les autres, et tu ne sauras jamais rien. » (p. 74). Mais à mon sens, il n’y répond pas, ou ne propose pas de les dépasser. Disons qu’elles ne sont pas réglées à la fin du livre, elles flottent au-dessus du récit à proprement parler, sans être véritablement prises au sérieux, examinées. Ainsi, toutes ces remarques, toutes ces objections (formulées par Charlotte), le narrateur principal les ignore, hormis à la toute fin du livre : « J’ai fait ce que j’ai pu. J’ai écrit parce que je ne sais pas composer de musique. (…) J’ai essayé en vous écrivant une histoire de dompter la mort. Vous savez bien que je n’y suis pas parvenu. » (p. 215). D’accord, mais ça ne m’enlève pas cette sensation – peut-être à cause de l’attente, ou de la disparité en termes de longueur de texte – que beaucoup de ces interrogations ont été simplement évacuées.

Ce qui renvoie d’ailleurs à un autre problème, celui de cette forme épistolaire, je me retiens de ne pas dire procédé. De prime abord, le livre se présente comme une correspondance entre le narrateur principal et Charlotte. De prime abord je dis, parce que mettre « Chère Charlotte » en chapeau d’un récit romanesque à la deuxième personne du pluriel produit par un personnage s’adressant à un autre personnage ne suffit pas à me convaincre que je suis en train de lire une lettre. J’ai mis un peu longtemps à comprendre, parce qu’au début j’ai cru qu’il y aurait échange, discussion, dialogue entre les deux protagonistes, mais en fait on a plutôt globalement affaire à une alternance entre 1) du roman 2) du commentaire de roman. C’est-à-dire que le narrateur principal raconte la vie de Charlotte et leur relation, et Charlotte commente ce récit. D’ailleurs quand Charlotte dans sa première lettre formule une requête (« je te demande d’imaginer mes sentiments pour toi disparus avec mes dernières pensées » p. 29) le narrateur n'y accède pas, ou alors c'est bien caché, et reprend le cours de son histoire comme si de rien n’était, du coup on se demande un peu quel sens ça a tout cet attirail, sauf à vouloir démontrer qu’on parle toujours dans le vide, mais alors autant parler vraiment tout seul. Partant de là je n’ai pas bien compris l’intérêt de faire passer tout ça pour des lettres, ni d’un côté ni de l’autre : on dirait une sorte de déguisement. Je veux dire l’adresse ne fait pas la lettre, ou alors La modification est un roman épistolaire qui s’ignore, pardon j’arrête ça n’a aucun intérêt. Il n’y a qu’à la fin du livre que ça prend du sens, quand le narrateur principal demande à Charlotte de lui dire qu’il a bien fait d’écrire le livre, et qu’elle lui répond qu’elle est fière de lui. Là, je suis, et c’est finalement le seul moment où il se passe vraiment quelque chose d’important.

Parce que pour ce qui est du reste, c’est un peu maigre à mon goût. Le texte commence et se termine par un récit du suicide de Charlotte. Celui de l’ouverture, passablement grotesque, est rétroactivement qualifié d’imaginaire ("Je reconnais que j'ai beaucoup exagéré..." p. 61); celui de la fin, nettement plus sérieux, apparaît comme plus conforme aux faits réels. Un faux récit et un vrai, donc, sauf que les deux sont fictifs évidemment – nous sommes dans un livre, mise en fiction toujours. Vu comme ça, ça se présente plutôt bien : à la fois une boucle et un cheminement, à la fois la mort indépassable aux seuils de l’ouvrage et à la fois une évolution, les défenses qui tombent, le vernis qui craquelle, quelque chose comme ça. Entre les deux, un voyage commun à Djerba, les problèmes professionnels de Charlotte et surtout son désarroi progressif. Mais. On ne lit pas toujours les livres qu’on voudrait, et en l’occurrence pour moi on attend beaucoup, beaucoup trop longtemps et trop souvent avant d’avoir des petites bribes de choses qui touchent vraiment au deuil, il me semble que c’est tout de même l’objet du livre. Je veux bien qu’il s’agisse de montrer qu’il est foutrement difficile de ne pas tout mettre en roman (c’est une hypothèse) mais dans ce cas autant attaquer le problème et traiter de cette difficulté frontalement au lieu d’en faire état en vasouillant dans des trucs complètement artificiels comme les histoires de beau-frère obsédé par l’humanitaire ou de Monsieur Kiwi au début du livre. Je retiens quand même : un examen de conscience (« J’ai manqué de courage, d’amour. Je fais partie de tous ces gens qui ne vous ont pas assez aimée. » p. 95), c’est sauf erreur de ma part le seul en mode direct (j’entends ne passant pas par Charlotte), et surtout un constat, Tu m’oubliais si bien avant que je ne me pende (p. 174) qui pourrait bien à lui seul résumer la problématique de tout le livre. Ca aurait pu être le titre d’ailleurs, bien plus que Lacrimosa, qui renvoie au requiem, messe des morts. Quant à l’aspect subjectivité de la future suicidée, plongée dans sa conscience pour comprendre le processus, la marche du détachement depuis la vie n’est pas spécialement saisissante – dans ce domaine difficile de passer après Levé en même temps. Seules les dernières pages m’ont vraiment touchées, parce que là – et ce n’est pas une affaire de réalisme – on est dans quelque chose d’honnête, enfin. Le reste du temps, une furieuse envie de secouer le narrateur, de l’attraper par le col de chemise et de lui demander, bon coco qu’est-ce que tu as à nous dire sur cette mort, pourquoi tu écris dessus – le narrateur est un auteur qui écrit un livre sur la mort de Charlotte –, lâche toi maintenant, on est là, on t’écoute, mais si tu ne parles pas on ne va pas s’en sortir. Autant d’injonctions parmi mille autres que je m’adresse aussi (surtout) à moi-même, évidemment.

Ci-dessous mes notes de lecture, prises au fur et à mesure, non révisées.

p. 9 : même avec pseudonyme, même si tout est faux, pourquoi mettre les parents. ça me gêne, je ne peux pas m’empêcher de penser à eux endeuillés lisant le livre. ce n’est pas (seulement) une question de délicatesse (personne n’a besoin de ça) mais étant donné que RJ présente lui-même son roman comme étant tiré de faits réels il fait de son narrateur un personnage qui s’amuse avec les membres de la famille comme avec des marionnettes. ou bien, pourquoi pas, mais alors il faut aller jusqu’au bout, faire que ce soit sa façon de vivre son deuil. ou au moins interroger le procédé.
p. 27-29 : Charlotte s’exprime comme Jauffret, c’est embêtant. difficile d’y croire. peut-être cette impression à cause de la critique de PdJ en ce sens, lue en amont. et puis c’est assez énervant ces histoires de gomme à la clémentine.
p. 34 : quand est-ce qu’il va enfin nous dire ce qu’il ressent au lieu de persifler ? à quoi bon la sœur, le beau-frère, la pintade, si c’est un livre de deuil ce qui compte c’est la relation à Charlotte.
p. 42 : bon, c’est un livre de deuil ou bien un roman habituel ? pourquoi avoir précisé c’est une histoire vraie ?
p. 44 : le médecin et son panda, ça sert à quoi ?
p. 46 : je viens de comprendre, ce sont de fausses lettres.
p. 48 : je m’ennuie, le docteur et monsieur Kiwi ce n’est juste pas possible.
p. 61-62 : ah, on tombe un peu le vernis.
p. 72 : « pourquoi ne pas écrire à une morte ? … tu parles à ma place en imitant ma voix… »
en effet pourquoi l’épistolaire et pourquoi la prosopopée ? on espère une réponse à un moment donné… le titre : requiem : un hommage ?
p. 95 : « j’ai manqué de courage, d’amour » … il faudrait en avoir maintenant alors, du courage.
p. 165 : quelle certitude face à l’interprétation des faits et gestes de Charlotte.
p. 168 : toujours ce problème de faire parler une morte ; d’accord mais quelle solution ?
p. 173 : « me diffamer » idem
p. 174 : problème du vautour (idem p. 199, p. 213) ; j’attends toujours la réponse à la 1ère lettre de Charlotte, sa requête (qu’il parle de ses sentiments) ; en fait les lettres du narrateur = récit (roman) et celles de Charlotte = commentaire ; ce n’est pas un dialogue, il ne lui répond pas.
p. 186-187 : que de certitudes ! alors pourquoi des lettres ?
p. 188 : sur ses derniers faits et gestes… ne rend pas compte de l’enquête, tout ça est reconstitué.
p. 204 : imaginaire encore, mais là oui.
212-213 : oui, mais pourquoi ça ne vient pas de Charlotte ?
215 : ah.
216 : oui.
218-219 : oui, enfin.


Quelques petites précisions pour finir. Tout d’abord, si je consacre autant d’énergie à essayer de faire le tour du livre de Jauffret c’est avant tout parce que ça me fait travailler sur ce que vous savez en même temps, ce n’est pas juste pour le plaisir gratuit de. Et de ce point de vue-là cette lecture a été très enrichissante, ça m’a permis d’avancer sur un tas de truc, sachant que j’essaie autant que faire se peut de clarifier les enjeux avant d’avoir fini un texte, c’est un peu conventionnel comme approche je vous l’accorde mais ça m’évite de me mettre à hululer de désespoir une fois que c’est terminé. Enfin normalement. Du coup, et c’est ma seconde remarque (vous ne pensiez tout de même pas que j’étais capable de faire un post avec du pur contenu de premier niveau), il est évident que ma lecture du livre s’est aussi faite à l’aune du roman-de-deuil-après-suicide idéal qui n’existe que dans ma tête. En effet une fois passé l’espoir d’être emportée ailleurs et d’oublier justement tous mes questionnements personnels, ça a été assez présent. Au demeurant j’aurais nettement préféré en retirer autre chose, en fait, juste être immergée. D’ailleurs quand j’ai aimé un livre je suis limite incapable de dire à quel temps ou quelle personne il a été écrit, je m’en fiche, c’est l’expérience, la rencontre, qui restent.

D’autres points de vue : chez Bibliobs (un dédoublement efficace) ; chez Pierre Assouline (un bel hommage à Charlotte) ; chez Fluctuat (une auto-démolition de l’écrivain par lui-même) ; chez Table rase (malaise et ratages mais projet réussi) ; chez Philippe De Jonckheere (des coutures trop apparentes). Pour la presse écrite je vous laisse vous débrouiller comme des grands, à supposer que quelqu’un soit arrivé jusqu’au bout de ce billet.

Petite astuce Astrapi : Pour repérer les critiques faites par des gens qui n’ont pas lu le livre en entier ou alors pas attentivement du tout c’est très facile, ils mentionnent tous le 7 juin comme date du suicide. L’information est donnée à la première page dans le « faux » récit de la mort de Charlotte. Quand on va plus loin, on apprend que la « vraie » date se situe en mars.

PS : Le Goncourt à Atiq Rahimi pour Syngué sabour chez POL. Je ne devrais pas, parce que je n’ai pas lu le livre pour le moment, mais je suis tellement contente. Là-dessus voir chez Chloé Delaume. Ou encore chez Sébastien Smirou (lien volé chez Lignes de fuite). 

03 novembre 2008

Lettre à un jeune ingénieur aspirant à travailler dans la finance


Contexte : Alexei, ou Oscar, ou Gabriel - je ne sais pas, il faudrait qu'on lui trouve un prénom qui lui plaise - travaille dans une banque de finance. Il y a quelques jours, il reçoit par email une candidature spontanée pour un stage de la part d'un étudiant de l'école d'ingénieur où il a lui-même été formé (on peut supposer que le jeune homme a épluché le fichier des anciens élèves afin d'y repérer ceux qui ont atterri dans la finance) dont le contenu peut à peut près se résumer de la façon suivante : comme vous, j'aspire à évoluer dans le secteur bancaire, pour ce faire je suis prêt à être votre esclave soumis et docile, mais attention j'ai la rage, bientôt petit requin deviendra grand. Ci-dessous la réponse envoyée par Oscar-Gabriel. Je pense que le pauvre garçon va faire un arrêt cardiaque. 

"Bonjour X,
Merci pour ta lettre (j'espère que tu ne seras pas offensé par mon tutoiement de rigueur entre camarades).
J'ai apprécié que tu vantes les mérites de **nom-de-banque** et que tu affiches sans complexes ton extrême motivation. Cependant, il manquait une dimension importante à ta lettre: l'argent. N'oublie pas que 95% des gens qui choisissent d'aller travailler en banque le font pour l'argent, rarement pour l'excitation réelle du métier.
Malheureusement pour toi, tu arrives un peu trop tard et je pense que tu devras attendre 10 bonnes années avant de pouvoir espérer gagner à nouveau beaucoup d'argent dans la finance. Cette année célèbrera sans doute la fin de la curée. Connais-tu les traditions françaises? As-tu déjà regardé "Très Chasse"? Je te recommande cette émission de télévision, elle passe presque toutes les nuits sur TF1 en alternance avec "Très Pêche" et "Histoires Naturelles". Ces 3 émissions m'ont permis de mieux comprendre la vie rurale de notre pays et je te les recommande vivement pour ton immersion culturelle. Mais ne nous égarons pas et revenons à la "curée". Une chasse à courre consiste à poursuivre un animal, souvent du grand gibier, parfois un renard, à l'aide de chevaux, d'une meute de chiens et de rabatteurs. Les rabatteurs repèrent la bête puis les cavaliers suivent les chiens qui la prennent en chasse. Les rabatteurs qui signalent l'animal proviennent souvent du bas peuple (populasse) tandis que les cavaliers sont des nobles. Une chasse à courre peut durer des heures et des heures jusqu'à l'épuisement de l'animal qui meurt souvent d'un arrêt cardiaque. Les cavaliers s'emparent alors des parties nobles du cadavre tandis qu'ils réservent aux rabatteurs les morceaux les moins nobles. Quand aux chiens, on leur offre en guise de récompense les viscères de l'animal encore fumant. On appelle curée ce cadeau fait aus chiens.
Dans le cas de la finance mondiale, le gibier ne vit pas dans une forêt mais végète quelque part dans le midwest américain, errant dans les malls, affalé devant sa télévision 16/9 dans un pavillon minable décoré avec mauvais goût et acheté à crédit. Nous autres les chiens de la finance, l'avons pris en chasse jusqu'à son épuisement, nous l'avons chargé de dettes diverses et variées afin qu'il achète des produits dont il n'avait fondamentalement pas besoin mais qui permettaient de conserver toute une population occupée. Puis, parce que nous ne manquons d'aucun cynisme, nous lui avons proposé en guise de pitance (on appelle cela produit d'investissement ou de placement) sa propre dette, tellement bien réemballée qu'il ne s'est aperçu de rien. Évidemment, nous avons été grassement rétribués pour notre travail, il y a eu des curées tous les ans depuis plus de 15 ans. Comme à la chasse à courre, les cavaliers quant à eux ont conservé les parties les plus nobles: le cerveau, le coeur et le bulletin de vote. Malheureusement, notre gibier est aujourd'hui en voie d'extinction et cette tradition doit être momentanément suspendue. Cette année sera peut-être notre dernière curée. J'imagine que tu regrettes de ne pas pouvoir y participer.
Cependant, sache qu'avec ton beau cerveau d'ingénieur tu peux aussi concevoir et construire plein de machines intéressantes. Tu peux aider les gens à vivre mieux, à travailler moins et à consacrer leur temps à des choses plus nobles que le télémarketing ou la chaîne de production des usines.
L'un des seuls camarades dont nous puissions vraiment être fiers s'appelait Boris Vian et je te laisse méditer sur ces quelques vers dont il est l'auteur et qui sont inscrits à l'entrée du bat' ens', en espérant que tu trouveras quelque chose de mieux à faire de ta vie que d'aller te perdre la finance:
Je voudrais pas mourir
Sans qu'on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer à la montagne
La montagne à la mer
La fin de la douleur
Les journaux en couleur
Tous les enfants contents
Et tant de trucs encore
Qui dorment dans les crânes
Des géniaux ingénieurs
Quant à moi, je compte bien démissionner prochainement pour me consacrer à des activités plus nobles ou bien plus simplement au culte de la paresse, la seule activité qui n'ait jamais fait de mal à une mouche.
Cordialement.
Oscar-Gabriel."