12 décembre 2008

Vous vous dites, les loukoums c'est tellement mieux que la guimauve, il ne peut pas y avoir de gélatine de porc dedans puisqu'on en mange dans les pays musulmans. Ravie d’avoir trouvé la solution parfaite, cette tête de cochon persillée qui dansait devant vos yeux à chaque chamallow ingéré ce n’était vraiment plus possible, vous vous rendez en toute confiance chez le marchand de pâtisseries orientales. Auquel vous demandez, d’une voix polie aux voyelles vélaires légèrement trop accentuées, un de chaque s’il vous plaît comme ça je les goûterai tous, oh et puis non deux de chaque les loukoums ça se conserve longtemps de toute façon. Il vous en offre un de couleur verte avec un grand sourire, c’est le temps que je vous serve mademoiselle, manque de chance il est à la menthe, vous pensiez que vert signifiait pomme mais non c’est menthe quelle horreur, vous abhorrez les confiseries à la menthe, la menthe n’a rien à faire avec le sucré, la menthe est la négation même du concept de dessert, la menthe est fraîche, piquante et agressive, ce qui est l’antithèse de la douceur, l’after eight ce sacrilège, vous inspire une terreur sans nom. Alors gênée, excessivement gênée car prenant excessivement au sérieux l’honneur qu’il convient de faire aux cadeaux que l’on reçoit, vous cachez ce qui reste de l’abominable loukoum frigorification du palais dans la poche intérieure de votre veste, évidemment ça va coller partout, sans parler du parfum que vous allez immanquablement traîner dans votre sillage. Et à ce stade de votre aventure, vous tâchez non sans mal de chasser de votre esprit l’idée, politiquement incorrecte (et vous savez pertinemment pourquoi) d’un complot commerçant entre le monsieur des pâtisseries et la dame du pressing, l’un manoeuvrant pour que les clients salissent leur veste, l’autre récupérant lesdites vestes pour les nettoyer. Sur le chemin du retour, tout en ouvrant votre sachet, vous vous interrogez : si les loukoums ne sont pas faits de gélatine, et ce n’est assurément pas le cas, alors de quoi peuvent-ils bien être composés, c’est drôlement bien imité quand même. Une fois rentrée chez vous, vous vous connectez à internet et vous cherchez un site de recette, histoire d’en avoir le cœur net. Et là, le drame : les loukoums, il y a de la gélatine dedans. Pas de porc naturellement, mais de la gélatine malgré tout, de veau, de cheval ou même peut-être d’escargot, allez savoir. Or la gélatine, rien que le terme est si laid, c'est très exactement, vous êtes décidée à ne plus reculer devant la vérité, une substance solide translucide, transparente ou légèrement jaune, presque sans goût et sans odeur, obtenue par l'ébullition prolongée de la peau animale et des tissus conjonctifs. C'est à peu près au moment où vos yeux sont tombés sur peau animale que vous vous êtes arrêtée net, recrachant le demi-loukoum que vous aviez dans la bouche. Une seule consolation : apparemment, il existe, c’est rare mais ça existe, des loukoums sans gélatine, aux œufs. Quoique. Avez-vous vraiment envie de manger des confiseries à base d'ovules de poule ?

Bon, voilà où nous en sommes. En général quand ça commence comme ça, je finis par avoir peur des choux-fleurs. Et des magnétoscopes. Et de la peinture sur les murs, qui asphyxie ma maison en ne la laissant pas respirer. J’aime bien vous savez, que tout soit vivant autour de moi, cela me réjouit sincèrement, mais c’est un peu fatigant parfois.

(…)

Si j'avais un conseil à vous donner, ce serait : profitez bien de la sortie de votre livre, et n'arrêtez pas d'écrire. Je ne sais pas si c’est lié, mais quelle joie bonasse* (c’est exactement ça) de rentrer chez moi les épreuves sous le bras, pourtant je redoutais le moment évidemment. Et je me suis applaudie, je n’ai pas peur du ridicule et je vous le dis, j’ai posé l’enveloppe kraft sur le canapé et je me suis applaudie, toute seule dans mon salon. J’ai décidé que j’avais le droit d’être un peu contente. Si moi pas, qui d’autre ?

*expression lue sur un blog, mais je ne retrouve plus la page