19 mai 2009

Sur la lecture de jeudi dernier, rapidement. Juste après, une sorte de révélation – la 23e de la semaine – : j’ai trouvé un but à mon existence, être lue et mise en scène ça me suffit comme motivation pour vivre, en plus c’est parfaitement légal. Car dès les premières phrases, je sais que j’aime ça, que je suis faite pour aimer ça ; le texte se déplie devant moi, prend corps et envahit l’espace ; c’est lui et ce n’est pas lui, je le connais par cœur et pourtant il a quelque chose d’étranger. Par flashes je me revois en train d’écrire, ça me paraît incroyable d’être là, tandis que d’autres le disent, et que d’autres encore écoutent – non mais quelle idée, quelle drôle d’idée de venir assister à une lecture. Je me retiens de rire, forcément ce sont mes blagues alors je trouve ça drôle, mais c’est moyennement facile à assumer en public de se faire rire soi-même, alors j'essaie de rester discrète, sérieuse et digne. C’est aussi une des premières fois – oui vous pouvez vous moquer – que je prends la mesure de ce qu’est l’interprétation, de ce que ça peut apporter en plus. Je crois que j’ai compris que ce n’était pas juste une histoire de mise en valeur, mais que le texte pouvait aussi devenir autre chose ; tout cela est évidemment un peu ridicule au vu de la modeste expérience dont il est question, mais comme je n’avais jamais été dans cette position, ça a créé une sorte de réagencement inattendu de mes dominos cérébraux. Bref, j’imagine que c’est aussi parce que c’était inédit que ça m'a fait autant d’effet, cependant je trouve que c'était vraiment réussi, y compris dans la découpe, qui parfois a conduit à modifier, infléchir le sens originel : ça ne me dérange pas, au contraire, l’interprétation ne m’appartient plus, m’a-t-elle jamais appartenu, une part m’en échappe forcément, donnez-la moi à voir. Je mets l’enregistrement ci-dessous, la qualité du son n'est pas parfaite, et puis on perd quand même beaucoup à n’avoir pas les corps, mais enfin ça pourra vous donner une idée. Et pour ceux qui n’ont pas réussi à dépasser la deuxième page du livre, ça peut être l’occasion d'entrer dedans autrement.

tilidom.com
Orange, 14 mai 2009, librairie l'Orange Bleue, Compagnie Labo T

Une dernière chose sur les questions, parce qu'il y a eu une discussion ensuite, et que jamais je ne manque une occasion de remplir d'observations fines et originales le petit carnet à carreaux qui se cache dans mon sac à main. Donc, je me disais, c'est compliqué les questions quand on ne se connait pas, qu'on ne sait pas bien à qui on s'adresse, car on n'a pas de socle commun, ou plutôt on ignore de quelle nature il pourrait être, ledit socle. Et je pense que plus ça ira plus ce sera compliqué, car plus j'aurais posé un certain nombre de choses dans mes réponses disséminées ici ou là, plus je devrais soit choisir de commencer à me répéter sérieusement, soit prendre le risque que personne ne comprenne ce que je raconte, m'appuyant sur des présupposés se trouvant essentiellement dans ma tête.

PS : Je sais que ce n'est pas une grande réussite, ce lecteur mp3 qui n'en est pas un, je vous assure que j'ai fait de mon mieux, mais après un combat acharné contre Deezer, DewPlayer et autres, j'abandonne. EDIT : il y a encore un affreux logo, mais par rapport à la fausse vidéo de chez Wat nous sommes indéniablement en progrès.

11 mai 2009

1. Je suis désespérément en retard sur ce blog, ce qui signifie – en l’espèce – que je suis désespérément en retard sur ma vie. Je cours partout, je tapisse mes murs de post-its, tout va bien mais j’ai beaucoup de mal à dégager un peu de temps pour poster ici. Plus exactement : à dégager du temps pour rassembler mes notes et en faire un billet un peu correct. Parce que vous jeter le tout à la figure sans avoir rangé un minimum, je ne trouverais pas ça très poli, et puis comment feriez-vous après, avec tous ces confettis emmêlés à vos cheveux ? Surtout que je garde bien à l’esprit, je tâche de garder soigneusement à l’esprit – j’ai une consigne dans la tête, avec de jolis casiers multicolores numérotés en chiffres romains – qu’on est ici dans un espace public : ce que j’y écris, je dois être capable de l’assumer publiquement. Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous. Et ce n’est pas juste la paranoïa, même si c’est cela aussi évidemment, puisque qui souhaite en savoir un peu plus sur moi atterrit assez rapidement en ces lieux, et de fait ne s’en prive pas. En d’autres termes, il est relativement judicieux que je sois au courant de ce qu’il se passe ici, et que j’évite d’y raconter n’importe quoi, un accident de crapaud est si vite arrivé. L’avantage de cette situation relativement inconfortable, je ne sais pas si vous imaginez la pression, c’est le monopole de la parole légitime dont je jouis en corollaire : j’ai le moyen de produire un discours officiel sur moi-même, tout le monde ne peut pas en dire autant. En même temps, c’est justement pour cela que ça m’inquiète, mais là on tourne en rond, nous sommes d’accord. Alors voyons ces notes, malgré tout, parce que ce n’est plus possible, toutes ces notes en suspens, il faut les poser quelque part, ce serait bien si ça pouvait être simple pour une fois.

2. Étant donné [ceci est une circulaire interne] que d’après des sources extrêmement fiables, nous sommes déjà le 11 mai 2009, nous ordonnons la mise en ligne immédiate de ce début de billet, sans attendre plus avant une hypothétique finalisation desdites notes à mettre au propre, parce que bien sûr que je voulais quand même les relire avant, il ne faut pas déconner non plus. En effet il conviendrait – disons que c’est l’usage – d’annoncer la lecture du 14 mai prochain avant qu’elle ait lieu, et non pas après, d’autant plus que pendant que je m’attaque en justice à longueur de journée, il y en a qui travaillent, collent des affiches et font circuler l’information. Voici donc. Le 14 mai à 19h, lecture mise en scène d'extraits de Tuer Catherine par la compagnie Labo T, dans la libraire l'Orange Bleue, à Orange. Je serai là pour écouter et boire un verre ensuite. À cela je voudrais ajouter que je me réjouis grandement, car l’idée du texte qui continue à vivre à travers de nouvelles voix, de nouvelles interprétations, me plaît énormément. Merci donc à madame la libraire, qui est à l’origine de cette soirée et qui a tout organisé. Ce sera la première fois que j’entendrai le texte lu par des tiers (hormis quelques phrases à la radio), des comédiennes en l'occurrence, donc ce sera aussi une expérience, il s’agira de voir si c’est comme je l’imagine (pour le dire vite : euphorie divine), ou si je me fais de fausses idées, ce qui n’est pas non plus complètement impossible, ça m’arrive parfois. La suite du billet prochainement, il y a encore environ 14 points à aborder.