06 juin 2009

Je suis en train d'éplucher mes archives, je retrouve toute sorte de petits textes dont je n'avais aucun souvenir. Voici par exemple ce que j'écrivais en mars 2007, sachant qu'à ce moment-là je venais à peu près de terminer le premier jet des "voix" qui se disputent dans Tuer Catherine. Comme quoi j'étais quand même assez lucide. (Ou bien : comme quoi je me répète beaucoup.)

Micro-trottoir

MOI
Bonjour Madame excusez-moi de vous déranger comme ça, mais pourriez-vous me dire spontanément sans trop réfléchir, ce que vous inspire l’idée d’un livre relatant une conversation au sujet d’un scénario parlant d'une pièce de théâtre dont le thème est l’écriture d’un roman ?

LA DAME
C’est pour la télé, c’est pour la télé ?

MOI
Mais non enfin, vous voyez bien que je n’ai pas de caméra. Bon, en fait j'ai pour projet de devenir romancière et j’essaie d’aller au-devant de mon public, parce que parfois j’ai des doutes quant à l’intérêt de mes textes pour les personnes dont la résidence habituelle se trouve à l’extérieur de mon cortex cérébral. Alors pourriez-vous s’il vous plaît me donner votre avis au sujet de la quadruple mise en abîme à boucle fermée évoquée plus haut ?

LA DAME
Ah, vous êtes écrivain. Écoutez, j’aurais bien aimé vous aider, mais très franchement, je n’ai pas un centime d’euro sur moi. Bon courage mon petit.

La dame s’en va.

19 mai 2009

Sur la lecture de jeudi dernier, rapidement. Juste après, une sorte de révélation – la 23e de la semaine – : j’ai trouvé un but à mon existence, être lue et mise en scène ça me suffit comme motivation pour vivre, en plus c’est parfaitement légal. Car dès les premières phrases, je sais que j’aime ça, que je suis faite pour aimer ça ; le texte se déplie devant moi, prend corps et envahit l’espace ; c’est lui et ce n’est pas lui, je le connais par cœur et pourtant il a quelque chose d’étranger. Par flashes je me revois en train d’écrire, ça me paraît incroyable d’être là, tandis que d’autres le disent, et que d’autres encore écoutent – non mais quelle idée, quelle drôle d’idée de venir assister à une lecture. Je me retiens de rire, forcément ce sont mes blagues alors je trouve ça drôle, mais c’est moyennement facile à assumer en public de se faire rire soi-même, alors j'essaie de rester discrète, sérieuse et digne. C’est aussi une des premières fois – oui vous pouvez vous moquer – que je prends la mesure de ce qu’est l’interprétation, de ce que ça peut apporter en plus. Je crois que j’ai compris que ce n’était pas juste une histoire de mise en valeur, mais que le texte pouvait aussi devenir autre chose ; tout cela est évidemment un peu ridicule au vu de la modeste expérience dont il est question, mais comme je n’avais jamais été dans cette position, ça a créé une sorte de réagencement inattendu de mes dominos cérébraux. Bref, j’imagine que c’est aussi parce que c’était inédit que ça m'a fait autant d’effet, cependant je trouve que c'était vraiment réussi, y compris dans la découpe, qui parfois a conduit à modifier, infléchir le sens originel : ça ne me dérange pas, au contraire, l’interprétation ne m’appartient plus, m’a-t-elle jamais appartenu, une part m’en échappe forcément, donnez-la moi à voir. Je mets l’enregistrement ci-dessous, la qualité du son n'est pas parfaite, et puis on perd quand même beaucoup à n’avoir pas les corps, mais enfin ça pourra vous donner une idée. Et pour ceux qui n’ont pas réussi à dépasser la deuxième page du livre, ça peut être l’occasion d'entrer dedans autrement.

tilidom.com
Orange, 14 mai 2009, librairie l'Orange Bleue, Compagnie Labo T

Une dernière chose sur les questions, parce qu'il y a eu une discussion ensuite, et que jamais je ne manque une occasion de remplir d'observations fines et originales le petit carnet à carreaux qui se cache dans mon sac à main. Donc, je me disais, c'est compliqué les questions quand on ne se connait pas, qu'on ne sait pas bien à qui on s'adresse, car on n'a pas de socle commun, ou plutôt on ignore de quelle nature il pourrait être, ledit socle. Et je pense que plus ça ira plus ce sera compliqué, car plus j'aurais posé un certain nombre de choses dans mes réponses disséminées ici ou là, plus je devrais soit choisir de commencer à me répéter sérieusement, soit prendre le risque que personne ne comprenne ce que je raconte, m'appuyant sur des présupposés se trouvant essentiellement dans ma tête.

PS : Je sais que ce n'est pas une grande réussite, ce lecteur mp3 qui n'en est pas un, je vous assure que j'ai fait de mon mieux, mais après un combat acharné contre Deezer, DewPlayer et autres, j'abandonne. EDIT : il y a encore un affreux logo, mais par rapport à la fausse vidéo de chez Wat nous sommes indéniablement en progrès.

11 mai 2009

1. Je suis désespérément en retard sur ce blog, ce qui signifie – en l’espèce – que je suis désespérément en retard sur ma vie. Je cours partout, je tapisse mes murs de post-its, tout va bien mais j’ai beaucoup de mal à dégager un peu de temps pour poster ici. Plus exactement : à dégager du temps pour rassembler mes notes et en faire un billet un peu correct. Parce que vous jeter le tout à la figure sans avoir rangé un minimum, je ne trouverais pas ça très poli, et puis comment feriez-vous après, avec tous ces confettis emmêlés à vos cheveux ? Surtout que je garde bien à l’esprit, je tâche de garder soigneusement à l’esprit – j’ai une consigne dans la tête, avec de jolis casiers multicolores numérotés en chiffres romains – qu’on est ici dans un espace public : ce que j’y écris, je dois être capable de l’assumer publiquement. Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous. Et ce n’est pas juste la paranoïa, même si c’est cela aussi évidemment, puisque qui souhaite en savoir un peu plus sur moi atterrit assez rapidement en ces lieux, et de fait ne s’en prive pas. En d’autres termes, il est relativement judicieux que je sois au courant de ce qu’il se passe ici, et que j’évite d’y raconter n’importe quoi, un accident de crapaud est si vite arrivé. L’avantage de cette situation relativement inconfortable, je ne sais pas si vous imaginez la pression, c’est le monopole de la parole légitime dont je jouis en corollaire : j’ai le moyen de produire un discours officiel sur moi-même, tout le monde ne peut pas en dire autant. En même temps, c’est justement pour cela que ça m’inquiète, mais là on tourne en rond, nous sommes d’accord. Alors voyons ces notes, malgré tout, parce que ce n’est plus possible, toutes ces notes en suspens, il faut les poser quelque part, ce serait bien si ça pouvait être simple pour une fois.

2. Étant donné [ceci est une circulaire interne] que d’après des sources extrêmement fiables, nous sommes déjà le 11 mai 2009, nous ordonnons la mise en ligne immédiate de ce début de billet, sans attendre plus avant une hypothétique finalisation desdites notes à mettre au propre, parce que bien sûr que je voulais quand même les relire avant, il ne faut pas déconner non plus. En effet il conviendrait – disons que c’est l’usage – d’annoncer la lecture du 14 mai prochain avant qu’elle ait lieu, et non pas après, d’autant plus que pendant que je m’attaque en justice à longueur de journée, il y en a qui travaillent, collent des affiches et font circuler l’information. Voici donc. Le 14 mai à 19h, lecture mise en scène d'extraits de Tuer Catherine par la compagnie Labo T, dans la libraire l'Orange Bleue, à Orange. Je serai là pour écouter et boire un verre ensuite. À cela je voudrais ajouter que je me réjouis grandement, car l’idée du texte qui continue à vivre à travers de nouvelles voix, de nouvelles interprétations, me plaît énormément. Merci donc à madame la libraire, qui est à l’origine de cette soirée et qui a tout organisé. Ce sera la première fois que j’entendrai le texte lu par des tiers (hormis quelques phrases à la radio), des comédiennes en l'occurrence, donc ce sera aussi une expérience, il s’agira de voir si c’est comme je l’imagine (pour le dire vite : euphorie divine), ou si je me fais de fausses idées, ce qui n’est pas non plus complètement impossible, ça m’arrive parfois. La suite du billet prochainement, il y a encore environ 14 points à aborder.

08 mars 2009

1. RARETÉ DES POSTS – Le tri du linge, ça prend du temps. Il faut dire aussi que je procède en attribuant par tirage au sort un article du Code de la sécurité sociale à chacune de mes paires de chaussette, pour ensuite les classer dans l’armoire par ordre d’entrée en vigueur correspondant. Activité qui peut sembler futile de prime abord, mais j’insiste : si je meurs demain, au moins on trouvera mes affaires rangées selon une logique implacable, ce sera une sorte de consolation.

2. SENS PRATIQUE – C’est d’ailleurs un problème sérieux que de penser sans cesse à ma mort potentiellement imminente, les ressorts de l’action, notez bien qu’on se trouve ici sur le terrain strictement pratique des processus décisionnels et pas sur celui des errements métaphysiques, ne sont pas du tout les mêmes selon la durée de vie dans laquelle on se projette. Du coup, je ne sais jamais que faire, écrire le second roman et mettre au propre le reste me semble de l’ordre de l’urgence, ça m’embêterait beaucoup de laisser ces choses-là en désordre. En même temps, je suis bien obligée de me consacrer à d’autres activités qui dans la perspective d’une existence à long terme pourraient bien avoir quelque utilité, comme acheter des sachets de croquettes d’avance pour mon chat, complimenter ma boulangère sur sa coiffure ou encore chercher un nouvel appartement avec une cave suffisamment spacieuse pour pouvoir servir d’abri en cas de bombardements.

3. CHAMP DE BATAILLE – Car c’est bientôt la guerre, mes chers agneaux, il est temps de se préparer. Dans dix ans, un fanatique de l’église orthodoxe de la Principauté du Lichtenstein poignarde son jeune canari récemment converti au luthérianisme ; la frange dure de la ligue internationale de protection des oiseaux appelle à la vendetta dans un communiqué de presse diffusé par pigeons voyageurs ; l’ONU ordonne une mise sous contrôle militaire de l’ensemble des réserves naturelles ornithologiques de l’Union Européenne ; le Delta du Danube est le théâtre d’affrontements sanglants entre deux équipes de tournage de documentaire animalier ; le primat de Bulgarie annonce qu’il dispose de l’arme nucléaire, dissimulée entre les ossements de Saint Maxime à Sofia ; une procession de moines cisterciens prend d’assaut l’ancienne abbaye de Kerz en Transylvanie et rétablit le culte de Zalmoxis ; Bucarest fait savoir son intention de reconstituer l’ancienne confédération des Daces ; on brûle l’effigie de Calvin grimé en perroquet sur la place rouge à Moscou ; le Luxembourg mis à feu et à sang par une révolte paysanne implose ; la ville de Dunkerque déclare son indépendance, la foule en liesse porte au pouvoir l’arrière petit-fils de Jean Bart sous une pluie de harengs marinés ; l’association professionnelle des plombiers polonais marche sur Strasbourg et assiège le Parlement européen qui s’effondre sous les tirs de missiles en forme de clé à molette ; la Wallonie entre en sécession, se déclare albanaise et demande son rattachement à l’Autriche-Hongrie ; à Helsinki, un gigantesque autodafé signe la destruction de l’ensemble des formulaires préimprimés de l’Union Européenne ; l’Espagne panserbe envahit la Voïvodine ; le Soudan colonise la Crimée ; on découvre un puit de pétrole au Vatican ; les Émirats Arabes Unis se convertissent au catholicisme et entraînent avec eux tout le proche orient ; la diaspora lipovène de Vancouver massacre les derniers indiens Hopis d’Arizona ; la Bavière s’allie à Madagascar et déclare la guerre aux Etats-Unis ; l’archevêque de Chypre est déchiqueté par des flamands roses turcs échappés du zoo de Nicosie ; après s’être recueilli sur la tombe de Konrad Lorenz, un groupe d’oies cendrées mutantes lâche une bombe atomique sur le siège du FMI à Washington ; la terre explose et disparaît.

4. BASSE-COUR – En attendant la fin du monde, je couve de mes petits yeux de poule anxieuse le livre fraîchement paru, que j’ai pu voir plusieurs fois, pas très discrètement il est vrai mais ça c’est de ma faute, roucouler paisiblement dans son habitat naturel, la librairie. Il a l’air content et détendu, parfaitement calme, n’ayant mal nulle part et irradiant cette sorte de sérénité propre à l’état de chose en papier. Ce qui fait qu’il y a comme un fossé entre lui si calme et moi, qui malgré mille précautions, des heures d’aquagym spécial détente du cortex, un comité de soutien psychologique, des tonnes d’obligations externes pour me décentrer, suis devenue, pour être absolument honnête malgré la honte que m’inspire la configuration actuelle de mon esprit, un auteur obsédé par son livre fraîchement paru, à l’humeur mécaniquement indexée sur le contenu positif ou négatif des retours de lecture. Ou bien, dans une autre variante, qui au fond signifie la même chose, on pourrait aussi dire : je suis d’humeur égale, dramatiquement égale, car toujours terrorisée, que l’on parle du roman (mon dieu, qu’est-ce qu’ils vont dire) ou qu’on n’en parle pas (mon dieu, tout le monde s’en fout), tout en étant terrorisée d’être terrorisée (mon dieu, pourvu que ça ne se voit pas). C’était prévisible me direz-vous, bien prétentieuse est celle qui se surestime au point de se croire immunisée et tu n’es pas encore ceinture noire de yoga ma vieille. D’accord, mais quand même, c’est un coup dur de tomber si bas, surtout que je suis prétentieuse justement, et que je condamne fermement ce genre de faiblesse morale, un auteur doit savoir être détaché du monde, un auteur doit seulement écrire, un auteur n’a que faire de ses chiffres de vente, un auteur n’a que faire de ce qui est imprimé dans les magazines, un auteur n’a pas à être angoissé par autre chose que son travail d’écriture. Bref, ce n’est pas simple, et je passe sur les détails, toutefois je tiens à préciser à l’égard des divinités qui éventuellement seraient en train de lire ce billet, qu’il n’y ait pas de malentendus, je suis très contente de ma situation, je ne désire pas revenir en arrière, ni annuler la publication, ni renoncer à la possibilité d’en avoir d’autres dans le futur, alors s’il vous plaît pas d’interventionnisme magique, ne gâchez pas tout.

5. FINES OBSERVATIONS – Et ce d’autant plus que, concernant l’avenir, rien n’est assuré, la théorie du déclin irréversible de mes capacités intellectuelles (la pauvre, elle a tout donné, ne saura jamais faire mieux que son premier livre) ayant ces jours-ci le vent en poupe dans mon cerveau. Cependant. Dans ma décrépitude j’ai tout de même réalisé quelques fines observations concernant la parution du roman. 1) Je note que ce qui me fait le plus plaisir, c’est quand le livre est pris au sérieux. Même avec des réserves, une vraie lecture c’est ce qui me touche le plus. Je sais, c’est tout à fait surprenant et original. 2) Je note que, malgré quelques rares moments d’égarement, j’ai à ce jour cessé d’être persuadée que j’avais nécessairement été publiée soit pour satisfaire un quota de mauvais auteur (pour toucher des subventions « discrimination positive pour les écrivains handicapés de l’écriture »), soit parce que le livre paraissait être le candidat idéal pour l’opération 2009 de « l’édition de cons », qui ridiculise chaque année un ouvrage sans que son auteur ne soit au courant. J’avoue que c’est assez reposant. 3) Je note que chez mon éditeur, les gens sont très gentils. Ca paraît extrêmement niais annoncé comme ça, mais je crois qu’il est important de le dire à un moment. 4) Je note que le fait de connaître une personne n’est pas un bon critère de choix en matière de littérature. Je le savais déjà, je l’ai répété beaucoup, mais ça se confirme. Cela étant dit, le problème ne se pose pas vraiment avec les gens réellement proches. 5) Je note que je survis sans trop de difficulté aux diverses crises cardiaques dont je suis victime depuis plus d’un mois, lesquelles se manifestent systématiquement quand je fais face à l’évocation du roman dans les medias, pardon à ma grand-mère qui m’a tant de fois répété que c’était déjà un pluriel. Même chose pour tous les objets que je casse, finalement il suffit d’avoir une balayette en bandoulière et tout se passe bien. 6) Je note que je ne sais pas comment formuler ce que je veux dire à cet endroit, mais que j’ai adoré découvrir ça et ça. 7) Je note qu’il y a au moins une personne qui va vraiment utiliser le livre comme cale-meuble, on ne pourra plus dire que la littérature ne sert à rien. Et puis comme ça, je sais ce que je mets sur ma dédicace pour le prochain : cher monsieur, voici votre nouveau cale-meuble, le précédent doit être bien usé maintenant. 8) Je note, mais ça n’a rien à voir, que les oignons rouges, on dirait de la chair découpée.

6. ÉCURIE – Je vais au salon du livre, pour la première fois en tant qu’auteur. Je pense que si je ne sors pas trop de mon enclos et que je souris gentiment, ça devrait aller. M’inquiètent quand même la chaleur, la lumière, la moquette (mais est-ce que c’est de la moquette ?), la foule, en un mot tout ce qui fait que rester longtemps dans un salon de la porte de Versailles c’est un peu comme se retrouver enfermée dans un grand Ikéa maléfique avec des meubles sournois qui tournoient autour de soi en ricanant tandis qu’on cherche désespérément la sortie de secours entre l’allée L26 et le stand de l’outillage jardin.

7 – CONCLUSION – Pour finir, le visage éclaboussé par ma propre lucidité, je relance encore les dés pour prendre une décision, c'est le seul moyen de trancher certaines affaires. C’est que, vous comprenez, contrairement à Ingeborg Bachmann, j’ai survécu à l’incendie de mon appartement il y a de ça quelques années. Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous ! Alors cryptez, ma grande, cryptez. Je ne fais que ça, bordel, mais si vous croyez que c’est simple avec cette huile qui déborde sans cesse de ma boîte à sardine comme l’œil crevé de son orbite, franchement. Bon appétit !

16 février 2009

Sur le site de POL, mise en ligne d'une série de quatrièmes de couverture au niveau de la fiche du roman, au-dessous de la véritable quatrième. Je précise que c'est censé être amusant, et que vous pourrez trouver des renseignements sur le contexte de production ici. D'autres choses bientôt, dès que j'ai fini de trier le contenu des mes placards par couleur et date d'acquisition. 

05 février 2009

Aujourd'hui, en ce jour de parution de mon premier roman, je voudrais rendre hommage à mon moi-du-passé, cette fille qui entre septembre 2007 et mars 2008 a passé ses journées à secouer son téléphone pour qu'il se mette enfin à sonner avec un éditeur dedans. Elle n'est plus moi, mais je ne veux pas l'oublier : ça valait la peine d'y croire.

Je voudrais aussi dire merci à ceux (et surtout celles) qui ont cru en le texte dès le début. Ainsi qu'à ceux qui y croient aujourd'hui, et le soutiennent. C'est précieux, et je me souviens toujours.


14 janvier 2009

Le numéro ISBN du livre Tuer Catherine sera le 2846822786.
2 + 8 + 4 + 6 + 8 + 2 + 2 + 7 + 8 + 6 = 53
5 + 3 = 8
Le chiffre magique de Tuer Catherine en tant que publication est donc le huit.

Huit crédit-pages ?
Huit livres vendus ?
Huit articles de presse ?
Huit prix littéraires ?
Huit mois d’angoisse ?
Huit euros comme prix de reprise par Gibert ?
Huit lettres d’insultes ?
Huit années au couvent ?

J’ai aussi établi le profil numérologique de l'ouvrage. Prénom : Catherine. Nom de famille : Tuer. Date de naissance : 5 février 2009. Après quelques échecs (certains sites vous signifient, plein de suffisance, que la numérologie n’étant pas une science divinatoire il n'est pas possible de consulter pour des entités n'étant pas encore de ce monde) il m’a été révélé que Tuer Catherine sera – entre autres – un livre fainéant, irresponsable, impulsif, qui a des difficultés relationnelles avec les personnes âgées, qui rejette l’autorité et la discipline. Il sera cependant également généreux, perfectionniste et doté d’une vie intérieure riche.

Le 21.01.2009 je fais le service presse à partir de 09h30. Après avoir pris connaissance de la masse des ouvrages à signer grâce à la balance portative qui ne me quitte jamais, je diviserai le chiffre ainsi obtenu par le nombre exact de mes orteils n’ayant jamais été fracturés, ce qui me permettra d’obtenir la température exacte à laquelle il conviendra de faire cuire le roman pour le transformer en un délicieux gâteau prêt à consommer. (NB : Ne jamais manger de littérature crue, c’est mauvais pour la digestion.)

12 décembre 2008

Vous vous dites, les loukoums c'est tellement mieux que la guimauve, il ne peut pas y avoir de gélatine de porc dedans puisqu'on en mange dans les pays musulmans. Ravie d’avoir trouvé la solution parfaite, cette tête de cochon persillée qui dansait devant vos yeux à chaque chamallow ingéré ce n’était vraiment plus possible, vous vous rendez en toute confiance chez le marchand de pâtisseries orientales. Auquel vous demandez, d’une voix polie aux voyelles vélaires légèrement trop accentuées, un de chaque s’il vous plaît comme ça je les goûterai tous, oh et puis non deux de chaque les loukoums ça se conserve longtemps de toute façon. Il vous en offre un de couleur verte avec un grand sourire, c’est le temps que je vous serve mademoiselle, manque de chance il est à la menthe, vous pensiez que vert signifiait pomme mais non c’est menthe quelle horreur, vous abhorrez les confiseries à la menthe, la menthe n’a rien à faire avec le sucré, la menthe est la négation même du concept de dessert, la menthe est fraîche, piquante et agressive, ce qui est l’antithèse de la douceur, l’after eight ce sacrilège, vous inspire une terreur sans nom. Alors gênée, excessivement gênée car prenant excessivement au sérieux l’honneur qu’il convient de faire aux cadeaux que l’on reçoit, vous cachez ce qui reste de l’abominable loukoum frigorification du palais dans la poche intérieure de votre veste, évidemment ça va coller partout, sans parler du parfum que vous allez immanquablement traîner dans votre sillage. Et à ce stade de votre aventure, vous tâchez non sans mal de chasser de votre esprit l’idée, politiquement incorrecte (et vous savez pertinemment pourquoi) d’un complot commerçant entre le monsieur des pâtisseries et la dame du pressing, l’un manoeuvrant pour que les clients salissent leur veste, l’autre récupérant lesdites vestes pour les nettoyer. Sur le chemin du retour, tout en ouvrant votre sachet, vous vous interrogez : si les loukoums ne sont pas faits de gélatine, et ce n’est assurément pas le cas, alors de quoi peuvent-ils bien être composés, c’est drôlement bien imité quand même. Une fois rentrée chez vous, vous vous connectez à internet et vous cherchez un site de recette, histoire d’en avoir le cœur net. Et là, le drame : les loukoums, il y a de la gélatine dedans. Pas de porc naturellement, mais de la gélatine malgré tout, de veau, de cheval ou même peut-être d’escargot, allez savoir. Or la gélatine, rien que le terme est si laid, c'est très exactement, vous êtes décidée à ne plus reculer devant la vérité, une substance solide translucide, transparente ou légèrement jaune, presque sans goût et sans odeur, obtenue par l'ébullition prolongée de la peau animale et des tissus conjonctifs. C'est à peu près au moment où vos yeux sont tombés sur peau animale que vous vous êtes arrêtée net, recrachant le demi-loukoum que vous aviez dans la bouche. Une seule consolation : apparemment, il existe, c’est rare mais ça existe, des loukoums sans gélatine, aux œufs. Quoique. Avez-vous vraiment envie de manger des confiseries à base d'ovules de poule ?

Bon, voilà où nous en sommes. En général quand ça commence comme ça, je finis par avoir peur des choux-fleurs. Et des magnétoscopes. Et de la peinture sur les murs, qui asphyxie ma maison en ne la laissant pas respirer. J’aime bien vous savez, que tout soit vivant autour de moi, cela me réjouit sincèrement, mais c’est un peu fatigant parfois.

(…)

Si j'avais un conseil à vous donner, ce serait : profitez bien de la sortie de votre livre, et n'arrêtez pas d'écrire. Je ne sais pas si c’est lié, mais quelle joie bonasse* (c’est exactement ça) de rentrer chez moi les épreuves sous le bras, pourtant je redoutais le moment évidemment. Et je me suis applaudie, je n’ai pas peur du ridicule et je vous le dis, j’ai posé l’enveloppe kraft sur le canapé et je me suis applaudie, toute seule dans mon salon. J’ai décidé que j’avais le droit d’être un peu contente. Si moi pas, qui d’autre ?

*expression lue sur un blog, mais je ne retrouve plus la page