Je ne suis pas spécialiste de la matière, mais je me dis que cette fatigante question autofiction Vs roman du réel et/ou écriture intimiste Vs roman social - dont la formulation même devrait être réinterrogée à mon avis - a quelque chose à voir (j'entends : est sans doute une des expressions, traductions de, mais dans un autre espace et sous une autre forme) avec la querelle épistémologique qui dans le domaine des sciences humaines opposa et oppose encore épisodiquement partisans de la compréhension et de l'explication. Ca permettrait peut-être de saisir ce qui se joue là-dedans en termes d'histoire des idées par exemple. Et puis un jour, attention je change d'angle, il faudrait quand même que les gens comprennent qu'il y a une différence entre un caillou qui roule et un être humain, et que partir de l'intérieur pour décrire ce n'est quand même pas la plus inappropriée des options qui soient quand l'objet se trouve aussi être, accessoirement, un sujet pensant. Et que de la même façon, quand dans un récit littéraire on prend pour point de départ l'exploration d'une subjectivité, on n'est peut-être pas en si mauvais chemin que cela pour dire quelque chose sur le monde (tout comme, symétriquement mais d'une manière parfois beaucoup moins consciente, ceux qui parlent des autres disent souvent quelque chose sur eux-mêmes). À condition cependant qu'il y ait un travail derrière évidemment. D'ailleurs, soit dit en passant, je suis aussi pour l'empathie envers les cailloux, je pense que se mettre à la place d'un caillou ça peut permettre de savoir pourquoi il dévale la colline, je pense que si j'étais un caillou je dévalerais la colline parce que je serais frustrée de ne pas pouvoir sautiller parmi les rochers comme les bouquetins autour de moi, je crois que ça m'énerverait beaucoup et que je ferais mon possible pour me déplacer moi aussi, et cela je peux d'une certaine façon le ressentir de l'intérieur, mais c'est une autre affaire, j'ai toujours eu un problème de personnification des objets, au point que devant certains d'entre eux, je ne peux plus dire à voix haute "ce n'est qu'un objet" car sinon ils se vexent et moi je meurs de culpabilité. Enfin. Étant absolument ignorante, ne sachant pas du tout ce qui a été déjà fait, écrit dans ce domaine, et pire, n'ayant même pas cherché à savoir, je n'ose en dire plus, toutefois si jamais ça n'existe pas, je trouverais intéressant qu'un jour quelqu'un fasse le lien, Popper (champion) Vs Habermas (challenger) au regard de la fiction ça a quand même plus de gueule que ce qu'on entend actuellement. Cela dit de mon point de vue, mais là c'est nettement moins facile à défendre, le problème à la source est que les gens croient - c'est évidemment ce qu'on leur répète à longueur de journée - que leur esprit est dans leur tête et seulement dans leur tête. Alors que non.
Mais passons. J'ai énormément de travail en ce moment, il y a tout qui me tombe dessus d'un seul coup comme d'habitude, ce n'est pas ça qui va arranger mon appréhension déjà franchement hostile de la bureaucratie moderne. En parallèle il y a des choses, voilà des choses, des éléments, des petits fichiers sur mon ordinateur dont le contenu croit, s'étoffe, et prend de l'assurance (peut-être). J'ai failli écrire des petites graines, mais il y a des limites, la métaphore ridicule pour conjurer ma fausse humilité, fausse parce que faisant système avec une prétention démesurée, ce n'est peut-être pas l'idéal. Donc. J'ai fait le calcul, si je mène à bout tout ce que j'ai en chantier, j'en ai pour dix ans au moins. Du coup flotte aussi devant moi, devant mes yeux spirituels, une interrogation sur les priorités : au-delà du ressenti, de la tarte à la crème de la nécessité intérieure, je pense qu'on peut aussi faire des choix, surtout quand on a un peu trop de nécessité justement et que ça déborde de partout jusqu'à faire une bouillie cérébrale. Il y a ce qui relève de l'urgence, il y a les raisons conjoncturelles, d'accord, mais au-delà, on peut décider, oui. Ou peut-être. En fait je ne suis pas sûre, je me pose des questions pour dans deux ans à peu près. Mais je me les pose quand même, car je suis une fille prévoyante, et elles prennent - ce qui est assez symptômatique au demeurant - à peu près la forme suivante : qu'est-ce que je suis la mieux placée pour faire, voire qu'est-ce que je suis la seule, ou une des seules, à pouvoir faire. Tout de suite ça détend, n'est-ce pas. Ce n'est pas une histoire de singularité, d'originalité, ça je m'en fiche et même, j'aime bien voir justement des échos ailleurs, je prends ça plutôt comme quelque chose d'encourageant. Non. C'est l'idée qu'il faut faire ce qu'on peut faire le mieux, indépendamment de l'échelle d'ailleurs. Et que, en corollaire, il ne sert à rien d'occuper une place que d'autres pourraient occuper, voire mieux occuper. Il s'agit de s'employer au mieux si l'on veut. Et là, nous pouvons tous saluer bien cordialement la lignée de pasteurs calvinistes dont je descends : participer à l'édification du monde de la meilleure façon qui soit, être la bonne personne à la juste place et ensuite espérer, attendre un signe, l'accomplissement comme symptôme - et non comme cause, attention - de la grâce et donc du salut divins.
Une dernière chose. J'ai entendu Régis Jauffret chez Veinstein, parler de Lacrimosa, ouvrage qui pour des raisons évidentes suscite mon intérêt. À propos du fait que, pour la première fois et alors même qu'il avait eu des mots très durs contre l'autofiction, il a écrit un livre en partie autobiographique, il a dit quelque chose comme (je cite de mémoire) : sans doute que, tout comme les gens qui critiquent les hommages, les marques de reconnaissance sociale et qui finalement sont les premiers à se jeter dessus quand ils en ont l'opportunité, je critiquais ce qui, quelque part, me faisait envie. Belle honnêteté, ai-je trouvé.
PS : TINA est sortie, TINA a les coins tout rond, TINA ne m'a pas mordue.
Mais passons. J'ai énormément de travail en ce moment, il y a tout qui me tombe dessus d'un seul coup comme d'habitude, ce n'est pas ça qui va arranger mon appréhension déjà franchement hostile de la bureaucratie moderne. En parallèle il y a des choses, voilà des choses, des éléments, des petits fichiers sur mon ordinateur dont le contenu croit, s'étoffe, et prend de l'assurance (peut-être). J'ai failli écrire des petites graines, mais il y a des limites, la métaphore ridicule pour conjurer ma fausse humilité, fausse parce que faisant système avec une prétention démesurée, ce n'est peut-être pas l'idéal. Donc. J'ai fait le calcul, si je mène à bout tout ce que j'ai en chantier, j'en ai pour dix ans au moins. Du coup flotte aussi devant moi, devant mes yeux spirituels, une interrogation sur les priorités : au-delà du ressenti, de la tarte à la crème de la nécessité intérieure, je pense qu'on peut aussi faire des choix, surtout quand on a un peu trop de nécessité justement et que ça déborde de partout jusqu'à faire une bouillie cérébrale. Il y a ce qui relève de l'urgence, il y a les raisons conjoncturelles, d'accord, mais au-delà, on peut décider, oui. Ou peut-être. En fait je ne suis pas sûre, je me pose des questions pour dans deux ans à peu près. Mais je me les pose quand même, car je suis une fille prévoyante, et elles prennent - ce qui est assez symptômatique au demeurant - à peu près la forme suivante : qu'est-ce que je suis la mieux placée pour faire, voire qu'est-ce que je suis la seule, ou une des seules, à pouvoir faire. Tout de suite ça détend, n'est-ce pas. Ce n'est pas une histoire de singularité, d'originalité, ça je m'en fiche et même, j'aime bien voir justement des échos ailleurs, je prends ça plutôt comme quelque chose d'encourageant. Non. C'est l'idée qu'il faut faire ce qu'on peut faire le mieux, indépendamment de l'échelle d'ailleurs. Et que, en corollaire, il ne sert à rien d'occuper une place que d'autres pourraient occuper, voire mieux occuper. Il s'agit de s'employer au mieux si l'on veut. Et là, nous pouvons tous saluer bien cordialement la lignée de pasteurs calvinistes dont je descends : participer à l'édification du monde de la meilleure façon qui soit, être la bonne personne à la juste place et ensuite espérer, attendre un signe, l'accomplissement comme symptôme - et non comme cause, attention - de la grâce et donc du salut divins.
Une dernière chose. J'ai entendu Régis Jauffret chez Veinstein, parler de Lacrimosa, ouvrage qui pour des raisons évidentes suscite mon intérêt. À propos du fait que, pour la première fois et alors même qu'il avait eu des mots très durs contre l'autofiction, il a écrit un livre en partie autobiographique, il a dit quelque chose comme (je cite de mémoire) : sans doute que, tout comme les gens qui critiquent les hommages, les marques de reconnaissance sociale et qui finalement sont les premiers à se jeter dessus quand ils en ont l'opportunité, je critiquais ce qui, quelque part, me faisait envie. Belle honnêteté, ai-je trouvé.
PS : TINA est sortie, TINA a les coins tout rond, TINA ne m'a pas mordue.
